Dimanche 27 mai 2007
sur http://www.lopinion.ma/
En venant vers le nord de l’Afrique, le Maghreb, les foules de Subsahariens fuient les guerres, la misère, la faim. Tournant le dos définitivement à l’Afrique, ils portent tous en eux un projet individuel d’avenir qui est d’immigrer vers les pays d’Europe.
Pour eux rêver d’une Afrique développée est plus que chimérique. Pour les plus lucides ils en ont désespéré. Mais l’Europe, qui voudrait bien disposer des richesses de l’Afrique sans s’embarrasser d’Africains en détresse, se contrefiche de l’éthique dans le chaos de la globalisation et leur oppose son embargo. Le projet d’avenir personnel est floué puisque la frontière européenne est verrouillée. Comment vont-ils s’en sortir ? Ils passent le maximum de temps à tourner en rond. D’un séjour provisoire dans un pays de transition, ils se retrouvent pour des années en pensant à rester indéfiniment ou à revenir vers leur pays d’origine comme certains l’ont fait bon gré mal gré. Ou encore à espérer aller en Amérique, au Canada ou en Australie, cette fois-ci d’une manière régulière par le biais du Haut Commissariat aux Réfugiés HCR. Espoir ultime et vague. Pour l’Europe le plus important c’est de rendre ses frontières plus étanches en "externalisant" sa politique d’immigration et d’asile. Dans la foulée le Maghreb et surtout le Maroc est invité à jouer le mauvais rôle du gendarme. Pourtant grâce au travail associatif on a pu voir une solidarité afro-africaine possible.
Depuis l’apparition du phénomène des migrants subsahariens il y a toujours eu des occasions qui révèlent leur situation. Pour l’image marquante laissée par les migrants il y a surtout la mendicité avec ces dizaines de mendiants subsahariens qui sillonnent les quartiers et les marchés des villes. Le récent sit-in devant le siège du HCR est en ce sens plein d’enseignements. Il ne concerne qu’une bien infime partie de migrants, ceux qui, forts de leur statut de réfugiés, peuvent réclamer des droits précis à une institution précise.
Certains ont pensé que ce mouvement est dû surtout à la communauté de Congolais. D’autres pensent qu’il ne peut être représentatif des réfugiés et migrants. Pourtant plusieurs associations de migrants et de réfugiés créées au Maroc y sont représentées. Faut-il se résoudre à reconnaître que, comme pour d’autres structures représentatives, là aussi il s’agit d’association sans grande base ?
Deux réfugiés parmi les représentants de ce mouvement donnent le récit selon leur point de vue, Fiston Massamba et Jean-Luc Bossongo Ediabissio, les deux Congolais.
Jean-Luc Bossongo se présente comme étant l’un des fils d’un général de Mobutu, ex dictateur de l’ex-Zaïre. Son père est toujours en résidence surveillée. Il a fait ses études en Afrique du Sud et est passé par la Namibie.
Il est ingénieur en électricité de bâtiment. Il a fui à deux reprises le Congo après la chute du régime de Mobutu. La deuxième fois il se retrouve au Maroc.
Fiston Massamba est un ancien étudiant de la faculté de médecine. Sympathisant du parti de l’Union démocratique pour le progrès social, il a dû abandonner ses études de médecine en deuxième année pour fuir le Congo. Massamba et Bossongo racontent donc, selon leur point de vue, l’histoire comment les réfugiés en sont venus à organiser leur sit-in.
Un mineur molesté
Tout a commencé le vendredi 11 mai. Un réfugié mineur de 17 ans prénommé Achille, jusque là complètement inconnu dans la masse anonyme des migrants, a fait brusquement parler de lui. C’est un Congolais qui bénéficie de statut de refugié, ce qui explique que le premier mouvement du sit-in était congolais. Jean-Luc Bossongo Ediabissio dit connaître bien le jeune Achille pour avoir été son encadrant dans le cadre de l’église évangélique. Il raconte qu’Achille est au Maroc depuis deux ans déjà. A son arrivé il était âgé de 15 ans. Durant les derniers mois il logeait avec des étudiants africains dans une chambre à Hay Massira à la sortie de la ville de Rabat. Comme il ne cotisait pas pour le loyer on a fini par l’expulser.
"La solidarité intercommunautaire a des limites malheureusement" Il est devenu SDF. Il est allé le vendredi 11 mai réclamer de l’aide au siège du HCR. Il a été écouté par l’Adecos partenaire du HCR pour le social.
Seulement aucune solution n’a été trouvée pour lui.
"Il a refusé de quitter le siège du HCR car il n’a pas où aller. On a appelé les gardiens pour le faire sortir de force. Il est tabassé, sa chemise est déchirée".
Des témoins, des Subsahariens, ont vu ce qui lui était arrivé. On lui promet enfin de régler son problème le lundi. En attendant une somme de 300 Dh lui est remise pour se débrouiller jusqu’à lundi.
Il a raconté ce qui lui était arrivé. L’histoire a fait le tour de Rabat parmi la population des Subsahariens. Le lundi des réfugiés sont venus se faire écouter et réclamer de l’aide. Peut-être eux aussi recevront une aide pécuniaire.
Fiston Massamba raconte que pour les personnes venues les gardiens ne voulaient pas les laisser entrer.
"Les réfugiés sont restés dehors. Comme une voiture du responsable du HCR est venue pour pénétrer à l’intérieur, les subsahariens se sont introduits en s’accrochant au véhicule. Ils ont suivi la voiture. Les gardiens tentaient de les en empêcher. Ils voulaient les faire sortir par la force. Il y a eu un échange de coups mais c’est les gardiens qui ont commencé".
Défi
Une discussion a pu avoir lieu avec Mme Tribolet. "Elle nous a dit sèchement il n’y a pas d’assistance, faites ce que vous voulez !"
C’était les défier. C’est à cause de cela qu’ils ont décidé de se mettre en sit-in pour réclamer des acquis pour migrants bénéficiant de statut de réfugiés. La principale raison affichée c’est le manque d’assistance pour des migrants réfugiés qui ne peuvent pas revenir chez eux à cause d’un danger qui les menace.
Jean-Luc issu d’une troisième épouse d’un général de l’armée de Mobutu est un exemple parmi d’autres. Pour lui le problème c’est de ne pas avoir de quoi payer un loyer et manger. Il raconte qu’il avait hébergé dans la chambre qu’il louait à 800 Dh au quartier Qamra à Rabat, trois mineurs.
"J’ai été expulsé de la chambre par le propriétaire parce que je n’avais pas payé le loyer deux mois de suite ".
Les réfugiés sans ressources ni revenus, sont confrontés à des problèmes d’ordre matériel, manque de soins élémentaires, manque d’intégration.
"Au Maroc il y a le problème du chômage mais même au cas où l’on trouve un job c’est difficile car on n’a pas de statut pour pouvoir être employé" Ce n’est pas la première fois qu’un sit-in de réfugiés est organisé devant le HCR. En 2006 il y a eu un sit-in du 24 au 27 juillet. C’était à la suite de la célébration de la journée mondiale des réfugiés qui coïncide avec le 20 juin de chaque année. Les Subsahariens revendiquaient la réinstallation dans des pays d’accueils où des migrants sont demandés comme les USA, Canada ou Australie.
"Nous demandons au HCR de nous transférer dans un pays où nous puissions jouir de nos droits en tant que réfugiés" déclare Massamba.
Les réfugiés et les migrants en général ne se retrouvaient pas dans les associations créées pour les organiser, les représenter et les défendre. Les ONG créées n’étaient pas représentatives disent Fiston et Jean-Luc, pour expliquer le peu d’efficacité de ces associations et le fait qu’elles ne parvenaient pas à rassembler autour d’elle les concernés.
Le sit-in serait l’occasion de crédibiliser l’action associative apprend-on de même source.
Le vendredi 18 mai il y a eu une vingtaine de personnes à se mettre en sit-in dormant à la belle étoile. Ensuite le nombre a commencé à grossir. Lundi il y avait une trentaine. Le bureau du HCR a été fermé. Des pourparlers ont été organisées mais n’ont rien donné. Les sit-in s’est poursuit jusqu’à jeudi 24 mai dans la soirée où la police est intervenue vers 22 heures pour déloger et disperser les manifestants qui se sont réfugiés dans l’église évangélique.
D’après les manifestants certains ont été violentés durant l’opération.
"Nos revendications sont pourtant simples et réalisables : Négociation avec le HCR, représentation de l’AMDH comme partenaire et témoins, assistance financière et régulière de tous les réfugiés"
600 réfugiés
Il sont 600 réfugiés reconnus dont environ 70% vivent à Rabat et le reste entre Casablanca, Fès et autres villes. Qui doit s’en occuper ? Selon des sources du HCR cela revient à l’Etat marocain.
Jusqu’à maintenant les réfugiés et autres migrants parviennent à survivre. Plusieurs cas de figures. Certains sont aidés par leur famille se trouvant dans le pays d’origine ou en Europe. Il y a la solidarité entre communautés qui permet de survivre. Il y a des subsides donnés par des associations caritatives comme Caritas, l’église évangélique. Il y a aussi des ONG marocaines. Il y a aussi ceux qui mendient dont des femmes avec enfants en bas âge. Et puis il y a « une infime minorité » qui parvient à vivre de petits travaux d’artisanat comme la cordonnerie.
"Cela fait deux ans que je suis au Maroc et je ne sais pas vraiment comment j’ai fait pour vivre tout ce temps. C’est un miracle !" commente Massamba. Pour remédier à la précarité des réfugiés le HCR a lancé une opération de microcrédits qui ne dépassent pas les montants de 1.500 DH à 2.000 DH. Il y aurait 128 demandes enregistrées selon les participants au sit-in. Une quarantaine a été satisfaite selon Massamba.
Selon Jean-Luc l’opération du microcrédit n’avance à rien.
"Elle ne sert qu’à créer du désordre car ceux qui reçoivent ces microcrédits ils les emploient à acheter de l’alcool qu’ils revendent illégalement à des migrants. D’autres achètent des marchandises de consommation qu’ils ne parviennent à faire écouler qu’auprès des migrants. Comme ils vendent à crédit il y a toujours des litiges qui dégénèrent souvent en bagarres. On en a vu des cas"
Selon Massamba le plus important c’est une grande précarité.
"Car comment demander un microcrédit et faire du commerce alors qu’on n’a pas de carte de séjour, qu’on ne peut pas avoir un compte en banque, qu’on n’est pas intégré"
Un délégué au sein d’une association a déclaré lors d’une réunion, que lui-même s’est porté candidat pour demander le microcrédit affirmant que si jamais il le recevait, il allait tout juste payer un ou deux mois de loyer et acheter de la nourriture pour manger à sa faim.
"Cette histoire de microcrédit pour les réfugiés n’est pas la solution, ce qu’il faut c’est une assistance financière régulière jusqu’à ce que la personne soit apte à se prendre en charge. A partir du moment où l’on n’a pas de travail, de carte de séjour on ne peut pas se prendre en charge. Le Maroc ne nous reconnaît pas officiellement. A preuve la rafle de décembre 2006. 70 réfugiés reconnus comme tels ont été raflés. Le ministre de la Communication a dit qu’il n’y a aucun réfugié raflé ce qui n’est pas exact"
Toutefois les réfugiés disent que séjourner au Maroc c’est un bien moindre mal.
"Car en Algérie c’est pire. Et en Libye n’en parlons pas !" note Massamba. Selon lui il n’aime pas dit-il la catégorisation en privilégiant par exemple les réfugiés sur les migrants demandeurs d’asile.
« Tous doivent jouir des mêmes avantages. Ils sont logés à la même enseigne ».
Le nombre des associations créées pour encadrer les migrants ne cesse de s’étoffer. Il y en a actuellement cinq : le Conseil des Migrants Subsahariens, le Collectif des Réfugiés Subsahariens du Maroc, l’Association des réfugiés et demandeurs d’asile congolais, Réfugiés sans Frontières, Rassemblement des réfugiés ivoiriens au Maroc et l’Association des Femmes Subsaharienne au Maroc.
Toutes ces associations souffrent dit-on de problème de représentativité. Non content de manque de base de ces ONG on cherche dit-on à créer la zizanie entre elles déclare Massamba.
Le colloque organisé sur la migration est intervenu au moment où le sit-in avait commencé.
"Nous n’avons pas senti que nous étions concernés par ce colloque. D’ailleurs l’association de réfugiés partenaire son responsable n’a même pas le statut de réfugié ! Nous pensons que c’est le HCR qui a tout orchestré" affirme Fiston Massamba.
La fermeture des frontières a fait que les migrants n’arrivent plus au Maroc qu’au compte-goutte. Ils parviennent à se faufiler mais très difficilement. D’ailleurs d’autres routes sont choisies comme la route maritime à travers la Mauritanie.
Fiston Massamba raconte qu’il connaît au moins quatre migrants qui ont quitté le Maroc pour revenir chez eux au Congo.
Pour Fiston et Jean-Luc il faudrait que les droits fondamentaux des réfugiés et migrants soient respectés en application des conventions internationales ratifiées par tous les pays. On ne demande pas plus.
Saïd AFOULOUS
Edité le: samedi 26 mai 2007.
En venant vers le nord de l’Afrique, le Maghreb, les foules de Subsahariens fuient les guerres, la misère, la faim. Tournant le dos définitivement à l’Afrique, ils portent tous en eux un projet individuel d’avenir qui est d’immigrer vers les pays d’Europe.
Pour eux rêver d’une Afrique développée est plus que chimérique. Pour les plus lucides ils en ont désespéré. Mais l’Europe, qui voudrait bien disposer des richesses de l’Afrique sans s’embarrasser d’Africains en détresse, se contrefiche de l’éthique dans le chaos de la globalisation et leur oppose son embargo. Le projet d’avenir personnel est floué puisque la frontière européenne est verrouillée. Comment vont-ils s’en sortir ? Ils passent le maximum de temps à tourner en rond. D’un séjour provisoire dans un pays de transition, ils se retrouvent pour des années en pensant à rester indéfiniment ou à revenir vers leur pays d’origine comme certains l’ont fait bon gré mal gré. Ou encore à espérer aller en Amérique, au Canada ou en Australie, cette fois-ci d’une manière régulière par le biais du Haut Commissariat aux Réfugiés HCR. Espoir ultime et vague. Pour l’Europe le plus important c’est de rendre ses frontières plus étanches en "externalisant" sa politique d’immigration et d’asile. Dans la foulée le Maghreb et surtout le Maroc est invité à jouer le mauvais rôle du gendarme. Pourtant grâce au travail associatif on a pu voir une solidarité afro-africaine possible.
Depuis l’apparition du phénomène des migrants subsahariens il y a toujours eu des occasions qui révèlent leur situation. Pour l’image marquante laissée par les migrants il y a surtout la mendicité avec ces dizaines de mendiants subsahariens qui sillonnent les quartiers et les marchés des villes. Le récent sit-in devant le siège du HCR est en ce sens plein d’enseignements. Il ne concerne qu’une bien infime partie de migrants, ceux qui, forts de leur statut de réfugiés, peuvent réclamer des droits précis à une institution précise.
Certains ont pensé que ce mouvement est dû surtout à la communauté de Congolais. D’autres pensent qu’il ne peut être représentatif des réfugiés et migrants. Pourtant plusieurs associations de migrants et de réfugiés créées au Maroc y sont représentées. Faut-il se résoudre à reconnaître que, comme pour d’autres structures représentatives, là aussi il s’agit d’association sans grande base ?
Deux réfugiés parmi les représentants de ce mouvement donnent le récit selon leur point de vue, Fiston Massamba et Jean-Luc Bossongo Ediabissio, les deux Congolais.
Jean-Luc Bossongo se présente comme étant l’un des fils d’un général de Mobutu, ex dictateur de l’ex-Zaïre. Son père est toujours en résidence surveillée. Il a fait ses études en Afrique du Sud et est passé par la Namibie.
Il est ingénieur en électricité de bâtiment. Il a fui à deux reprises le Congo après la chute du régime de Mobutu. La deuxième fois il se retrouve au Maroc.
Fiston Massamba est un ancien étudiant de la faculté de médecine. Sympathisant du parti de l’Union démocratique pour le progrès social, il a dû abandonner ses études de médecine en deuxième année pour fuir le Congo. Massamba et Bossongo racontent donc, selon leur point de vue, l’histoire comment les réfugiés en sont venus à organiser leur sit-in.
Un mineur molesté
Tout a commencé le vendredi 11 mai. Un réfugié mineur de 17 ans prénommé Achille, jusque là complètement inconnu dans la masse anonyme des migrants, a fait brusquement parler de lui. C’est un Congolais qui bénéficie de statut de refugié, ce qui explique que le premier mouvement du sit-in était congolais. Jean-Luc Bossongo Ediabissio dit connaître bien le jeune Achille pour avoir été son encadrant dans le cadre de l’église évangélique. Il raconte qu’Achille est au Maroc depuis deux ans déjà. A son arrivé il était âgé de 15 ans. Durant les derniers mois il logeait avec des étudiants africains dans une chambre à Hay Massira à la sortie de la ville de Rabat. Comme il ne cotisait pas pour le loyer on a fini par l’expulser.
"La solidarité intercommunautaire a des limites malheureusement" Il est devenu SDF. Il est allé le vendredi 11 mai réclamer de l’aide au siège du HCR. Il a été écouté par l’Adecos partenaire du HCR pour le social.
Seulement aucune solution n’a été trouvée pour lui.
"Il a refusé de quitter le siège du HCR car il n’a pas où aller. On a appelé les gardiens pour le faire sortir de force. Il est tabassé, sa chemise est déchirée".
Des témoins, des Subsahariens, ont vu ce qui lui était arrivé. On lui promet enfin de régler son problème le lundi. En attendant une somme de 300 Dh lui est remise pour se débrouiller jusqu’à lundi.
Il a raconté ce qui lui était arrivé. L’histoire a fait le tour de Rabat parmi la population des Subsahariens. Le lundi des réfugiés sont venus se faire écouter et réclamer de l’aide. Peut-être eux aussi recevront une aide pécuniaire.
Fiston Massamba raconte que pour les personnes venues les gardiens ne voulaient pas les laisser entrer.
"Les réfugiés sont restés dehors. Comme une voiture du responsable du HCR est venue pour pénétrer à l’intérieur, les subsahariens se sont introduits en s’accrochant au véhicule. Ils ont suivi la voiture. Les gardiens tentaient de les en empêcher. Ils voulaient les faire sortir par la force. Il y a eu un échange de coups mais c’est les gardiens qui ont commencé".
Défi
Une discussion a pu avoir lieu avec Mme Tribolet. "Elle nous a dit sèchement il n’y a pas d’assistance, faites ce que vous voulez !"
C’était les défier. C’est à cause de cela qu’ils ont décidé de se mettre en sit-in pour réclamer des acquis pour migrants bénéficiant de statut de réfugiés. La principale raison affichée c’est le manque d’assistance pour des migrants réfugiés qui ne peuvent pas revenir chez eux à cause d’un danger qui les menace.
Jean-Luc issu d’une troisième épouse d’un général de l’armée de Mobutu est un exemple parmi d’autres. Pour lui le problème c’est de ne pas avoir de quoi payer un loyer et manger. Il raconte qu’il avait hébergé dans la chambre qu’il louait à 800 Dh au quartier Qamra à Rabat, trois mineurs.
"J’ai été expulsé de la chambre par le propriétaire parce que je n’avais pas payé le loyer deux mois de suite ".
Les réfugiés sans ressources ni revenus, sont confrontés à des problèmes d’ordre matériel, manque de soins élémentaires, manque d’intégration.
"Au Maroc il y a le problème du chômage mais même au cas où l’on trouve un job c’est difficile car on n’a pas de statut pour pouvoir être employé" Ce n’est pas la première fois qu’un sit-in de réfugiés est organisé devant le HCR. En 2006 il y a eu un sit-in du 24 au 27 juillet. C’était à la suite de la célébration de la journée mondiale des réfugiés qui coïncide avec le 20 juin de chaque année. Les Subsahariens revendiquaient la réinstallation dans des pays d’accueils où des migrants sont demandés comme les USA, Canada ou Australie.
"Nous demandons au HCR de nous transférer dans un pays où nous puissions jouir de nos droits en tant que réfugiés" déclare Massamba.
Les réfugiés et les migrants en général ne se retrouvaient pas dans les associations créées pour les organiser, les représenter et les défendre. Les ONG créées n’étaient pas représentatives disent Fiston et Jean-Luc, pour expliquer le peu d’efficacité de ces associations et le fait qu’elles ne parvenaient pas à rassembler autour d’elle les concernés.
Le sit-in serait l’occasion de crédibiliser l’action associative apprend-on de même source.
Le vendredi 18 mai il y a eu une vingtaine de personnes à se mettre en sit-in dormant à la belle étoile. Ensuite le nombre a commencé à grossir. Lundi il y avait une trentaine. Le bureau du HCR a été fermé. Des pourparlers ont été organisées mais n’ont rien donné. Les sit-in s’est poursuit jusqu’à jeudi 24 mai dans la soirée où la police est intervenue vers 22 heures pour déloger et disperser les manifestants qui se sont réfugiés dans l’église évangélique.
D’après les manifestants certains ont été violentés durant l’opération.
"Nos revendications sont pourtant simples et réalisables : Négociation avec le HCR, représentation de l’AMDH comme partenaire et témoins, assistance financière et régulière de tous les réfugiés"
600 réfugiés
Il sont 600 réfugiés reconnus dont environ 70% vivent à Rabat et le reste entre Casablanca, Fès et autres villes. Qui doit s’en occuper ? Selon des sources du HCR cela revient à l’Etat marocain.
Jusqu’à maintenant les réfugiés et autres migrants parviennent à survivre. Plusieurs cas de figures. Certains sont aidés par leur famille se trouvant dans le pays d’origine ou en Europe. Il y a la solidarité entre communautés qui permet de survivre. Il y a des subsides donnés par des associations caritatives comme Caritas, l’église évangélique. Il y a aussi des ONG marocaines. Il y a aussi ceux qui mendient dont des femmes avec enfants en bas âge. Et puis il y a « une infime minorité » qui parvient à vivre de petits travaux d’artisanat comme la cordonnerie.
"Cela fait deux ans que je suis au Maroc et je ne sais pas vraiment comment j’ai fait pour vivre tout ce temps. C’est un miracle !" commente Massamba. Pour remédier à la précarité des réfugiés le HCR a lancé une opération de microcrédits qui ne dépassent pas les montants de 1.500 DH à 2.000 DH. Il y aurait 128 demandes enregistrées selon les participants au sit-in. Une quarantaine a été satisfaite selon Massamba.
Selon Jean-Luc l’opération du microcrédit n’avance à rien.
"Elle ne sert qu’à créer du désordre car ceux qui reçoivent ces microcrédits ils les emploient à acheter de l’alcool qu’ils revendent illégalement à des migrants. D’autres achètent des marchandises de consommation qu’ils ne parviennent à faire écouler qu’auprès des migrants. Comme ils vendent à crédit il y a toujours des litiges qui dégénèrent souvent en bagarres. On en a vu des cas"
Selon Massamba le plus important c’est une grande précarité.
"Car comment demander un microcrédit et faire du commerce alors qu’on n’a pas de carte de séjour, qu’on ne peut pas avoir un compte en banque, qu’on n’est pas intégré"
Un délégué au sein d’une association a déclaré lors d’une réunion, que lui-même s’est porté candidat pour demander le microcrédit affirmant que si jamais il le recevait, il allait tout juste payer un ou deux mois de loyer et acheter de la nourriture pour manger à sa faim.
"Cette histoire de microcrédit pour les réfugiés n’est pas la solution, ce qu’il faut c’est une assistance financière régulière jusqu’à ce que la personne soit apte à se prendre en charge. A partir du moment où l’on n’a pas de travail, de carte de séjour on ne peut pas se prendre en charge. Le Maroc ne nous reconnaît pas officiellement. A preuve la rafle de décembre 2006. 70 réfugiés reconnus comme tels ont été raflés. Le ministre de la Communication a dit qu’il n’y a aucun réfugié raflé ce qui n’est pas exact"
Toutefois les réfugiés disent que séjourner au Maroc c’est un bien moindre mal.
"Car en Algérie c’est pire. Et en Libye n’en parlons pas !" note Massamba. Selon lui il n’aime pas dit-il la catégorisation en privilégiant par exemple les réfugiés sur les migrants demandeurs d’asile.
« Tous doivent jouir des mêmes avantages. Ils sont logés à la même enseigne ».
Le nombre des associations créées pour encadrer les migrants ne cesse de s’étoffer. Il y en a actuellement cinq : le Conseil des Migrants Subsahariens, le Collectif des Réfugiés Subsahariens du Maroc, l’Association des réfugiés et demandeurs d’asile congolais, Réfugiés sans Frontières, Rassemblement des réfugiés ivoiriens au Maroc et l’Association des Femmes Subsaharienne au Maroc.
Toutes ces associations souffrent dit-on de problème de représentativité. Non content de manque de base de ces ONG on cherche dit-on à créer la zizanie entre elles déclare Massamba.
Le colloque organisé sur la migration est intervenu au moment où le sit-in avait commencé.
"Nous n’avons pas senti que nous étions concernés par ce colloque. D’ailleurs l’association de réfugiés partenaire son responsable n’a même pas le statut de réfugié ! Nous pensons que c’est le HCR qui a tout orchestré" affirme Fiston Massamba.
La fermeture des frontières a fait que les migrants n’arrivent plus au Maroc qu’au compte-goutte. Ils parviennent à se faufiler mais très difficilement. D’ailleurs d’autres routes sont choisies comme la route maritime à travers la Mauritanie.
Fiston Massamba raconte qu’il connaît au moins quatre migrants qui ont quitté le Maroc pour revenir chez eux au Congo.
Pour Fiston et Jean-Luc il faudrait que les droits fondamentaux des réfugiés et migrants soient respectés en application des conventions internationales ratifiées par tous les pays. On ne demande pas plus.
Saïd AFOULOUS
Edité le: samedi 26 mai 2007.
par Saïd AFOULOUS
publié dans :
Sans papiers / travailleurs immigrés
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