Vendredi 16 mai 2008
CSP75 ‑ COORDINATION 75 DES SANS‑PRPIERS ‑ GSP75

La coordination 75 des sans papiers occupe depuis le 2 mai 08 la Bourse
du travail, 85 rue Charlot à Paris. Elle interpelle la CGT sur les limites de l'accord passé avec l'Etat pour obtenir la seule régularisation des sans papiers dont elle organise la grève. La CSP75 ne peut se satis faire de I*exclusivité qui aurait été accordée à la CGT à déposer les dossiers collectivement dans les préfectures d'Ile de France.

Le 30 avril, la CSP 75 a essayé de déposer un millier de dossiers à la préfecture de Paris et s'est vue opposer un refus au prétexte que ces dossiers n'étaient pas présentés par la CGT. C'est pourquoi plus de 600 sans papiers occupent ce lieu de lutte historique de TOUS les travailleurs, demandant soutien et aide à la CGT.

A ce jour, le refus est évident. La coordination demande que la CGT élargisse raisonnablement son combat en intégrant le dépôt de ses mille dossiers et au‑delà.

Nous avons décidé de sortir de l'ombre et de rejoindre les centaines de travailleurs sans papiers en grève pour leur régularisation dans les restaurants, le nettoyage, les chantiers du BTP.

PLUS DE 600 SANS PAPIERS DE LA CSP 75 SONT EN GREVE. LUTTE EXEMPLAIRE POUR FAIRE PLIER GOUVERNEMENT ET PATRONAT

Ce gouvernement et le patronat donneur d'ordre établissent des "quotas" pour une immigration «choisie » officialisant cette délocalisation sur place.

ARRÊTONS CETTE HYPOCRISIE SOURCE DE PROFITS SCANDALEUX. REGULARISATION IMMÉDIATIE DE TOU(TE)S LES SANS PAPIERS !

Ces milliers de sans papiers dénoncent, par leur grève avec occupation, ce dumping social, casse du droit du travail et du droit salarial. Les sans papiers de la CSP 75 appellent à soutenir la démarche.

DANS TOUTES LES VILLES DE FRANCE, LES SANS PAPIERS DOIVENT SORTIR DE L'OMBRE ETRE SOUTENUS DANS LEUR LUTTE, AFIN DE FAIRE PLIER GOUVERNEMENT ET PATRONAT SOYONS UNIS, PRECAIRES DU SUD COMME DU NORD, À DÉNONCER LEURS ATTAQUES SANS PRÉCÉDENT: LE 16 MAI FEDERONS NOS LUTTES ET FORCES

*La Coordination** 75 appelle à la 1ère journée de GREVE NATIONALE de TOUS les SANS PAPIERS VENDREDI 16 MAI*

*Elle demande a tous de venir la rejoindre à la Bourse 99 Travail 85 rue Charlot ‑Paris m° République afin d'élargir le mouvement.*

* *
NOUS DEMANDONS:

- Régularisation de tous les travailleurs et travailleuses sans papier.

‑ à cette fin, d'être reçus avec l'appui de la CGT, par Mrs HORTEFEUX
(Ministre de l'immigra tion) et GAUDIN (Préfet de Police de Paris)

-          la fermeture des centres de rétention

-          le retrait des lois xénophobes de l'immigration : Basta le
CESEDA !

-          l'arrêt des rafles et des contrôles aux faciès

-          ‑ le retrait de la taxe ANAEM, discriminative et illégale,
versée pour tout emploi d'un étranger !


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Vendredi 16 mai 2008
Tôt ce matin, nous partimes 5 du café de la Joliette et nous fûmes 50, à 10h en arrivant au port...

A 5, nous avons distribué inlassablement le tract explicant le sort réservé aux sans papiers, aux conducteurs des véhicules partant pour la Tunisie. Beaucoup  semblaient peu au courant, pensant la plupart du temps qu'on expulsait que des personnes qui avaient commis un délit. Ils nous écoutaient plus ou moins incrédules mais tous prenaient le tract et disaient qu'ils feraient quelque chose. Une personne nous a donné 10 € pour la cause. La police nationale est venue vers 7h et nous a demandé de présenter nos papiers. Nous avions convenu de dire que "nous n'en avions pas"! Pas parce que nous n'en avions pas mais pour refuser le rapport d'intimidation qu'ils souhaitaient instaurer et  aussi pour dénoncer le projet qu'ils avaient de nous réduire à quelques mots écrits sur un carton.
Ils ont demandé qu'on leur dise notre identité, nous avons refusé affirmant que nous avions le droit de distribuer des tracts sur la voie publique, à moins qu'une loi soit passée dans la nuit dont nous n'avions pas connaissance. Ils ont reconnu que "c'étaitpas graveetqu'ilsallaientenréféreràleurchef". Ce qu'ils ont fait pendant que la caméra sur le toit de la voiture continuait de tourner. Nous avons repris notre diff et eux sont finalement partis. Puis régulièrement toutes les heures, une voiture banalisée venait nous compter de loin.

Vers 10h, nous avons rejoint le groupe du "départ passagers" qui lui aussi diffait depuis un bon moment: nous étions 50.
Aucune caméra, ni journaliste, ni élu politique ou syndical n'étaient présents, juste de simples militants, femmes et hommes de 20 à 60 ans entourant la famille Ezzair.
La porte du port, la même que Mme Kessaci avait courageusement franchi le 1er mai de l'année dernière afin de retrouver son mari qu'on tentait d'expulser par la force, était gardée par 3 vigiles. Nous avons continué à diffuser l'information auprès des passagers jusqu'au moment où cela ne suffisait plus. Profitant du fait qu'un copain distraiait le vigile qui semblait le plus féroce, j'ai passé la porte en me mettant à courir. C'est alors que j'ai entendu la course du vigile dans mon dos me hurlant de m'arrêter, qu'il allait me plier en 2, m'écraser, me mettre à terre... Il a eu vite fait de me rattraper, ayant une trentaine d'années de moins que moi, il m'a barré le passage: je me suis arrêtée levant les bras en signe d'apaisement et il a déversé un flot violent de paroles tout en me repoussant physiquement sur les bras. Et il hurlait, hurlait, je parlais calmement, l'objectif inconscient étant que ce flot de violences se tarisse de lui-même. L'effet a été qu'il ne me repoussait plus et que j'avais gagné le temps nécesaire pour que les copains me rejoignent. Je me suis retournée une trentaine de personnes étaient passées et avançaient vers nous.
Ayant pris conscience du nombre que nous étions face à eux 3, ils ont baissé les bras nous menaçant de la venue des CRS. Nous avons filé en direction du bateau, avons accéléré au passage de la douane et nous nous sommes retrouvés au bas du bateau tunisien ,"le Habib", au même endroit que le 1er mai 2007!
Quatre d'entre nous ont couru à l'intérieur du bateau et là, une nouvelle vague de violence nous attendait: les marins cherchaient à nous repousser par la force, nous criant que "nous n'avions pas le droit". Nous avons à nouveau parler et résister physiquement: ils ont abandonné. Ils ont remonté la porte du bateau pendant que les copains de l'autre côté scandaient :" Non, non aux expulsions! ", ayant déroulé la banderole de RESF.
Une fois la porte levée, le ton a changé: on a pu s'expliquer calmement, certains sont venus nous serrer la main et nous féliciter.
Nous leur avons demandé de l'eau. Ils nous ont demandé nos badges RESF.
Le commandant du Habib, Mr Ben Chedly Brahim est venu nous parler nous assurant qu'il faisait tout depuis ce matin pour que la situaton médicale de Mr Ezzair soit prise en compte mais qu'il n'avait pas réussi. Puis qu'il avait eu la promesse du consul tunisien de différer l'expulsion, en raison de notre mobilisation et de l'état de santé de Mr Ezzair, et que le consul rencontrerait demain mr Ezzair. Nous lui avons demandé ses coordonnées: il nous  a donné un numéro de téléphone. Le responsable de la compagnie tunisienne de navigation nous a également rencontré, répétant que les choses étant règlées.
Puis la police française est arrivée sur le bateau, forcémment à la demande du commandant, nous avons cherché à gagner du temps mais nous avions l'assurance qu'ils n'avaient pas embarqué le père de famille, que les copains avaient vu amener en voiture policière au pied du bateau puis repartir.
Nous avons retrouvé les copains qui avaient été rejoints par une bonne dizaine de marins CGT venus prêter main forte et sommes restés devant le bateau, malgré les pressions policières et de l'armée venue en renfort, attendant et exigeant que la famille, qui était avec nous, recoive un coup de fil de Mr Ezzair en personne confirmant les dire des uns et des autres.
Puis nous sommes partis comme nous étions venus , juste escortés par une dizaine de policiers de la PAF.

J'en retire, entre autres choses, que la violence que nous avons rencontrée est motivée par la peur que j'ai lue dans les yeux du vigile, des marins tunisiens: peur de la transgression des règles et des lois imposées. Le commandant, le responsable de la compagnie, les flics, l'armée ne criaient pas, ne nous ont pas bousculé: ils étaient dans la négociation. Une fois le relais passé aux autorités pour la gestion du conflit, les marins discutaient, plaisantaient avec nous, heureux avec nous de voir que c'était possible et que pour autant le ciel ne nous était pas tombé sur la tête.

Ainsi, pierre par pierre et mur par mur, nous détruirons toutes leurs prisons.
Christine
source :
Resf13-info@rezo.net
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Vendredi 16 mai 2008
CICP
Centre international de culture populaire

COMMUNIQUÉ

16 mai 2008

Le 15 mai 2008, s’est tenu au Centre international de culture populaire
(CICP), un hommage à Georges Habache, en présence notamment de Georges
Malbrunot (journaliste et auteur du livre « Les révolutionnaires ne meurent
jamais – entretiens avec Georges Habashe », Ed. fayard). Cette conférence
avait pour but de cerner ce personnage fondateur du Front Populaire de
libération de la Palestine, symbole de nombreux combattants de la liberté à
travers le monde et de faire le point sur les 60 ans de ce que les
Palestiniens appellent la « nakba » (la catastrophe) .

Cette initiative s’est déroulée au CICP, maison de solidarité internationale
située dans le XIe, où sont domiciliées plusieurs organisations oeuvrant
pour une paix juste et durable au Proche-Orient (dont le CEDETIM,
l’Association France Palestine Solidarité, l’Union Juive française pour la
paix, le Comité interuniversitaire de coopération avec les universités
palestiniennes, les Campagnes civiles internationales pour la protection du
peuple Palestinien, Génération Palestine…). Malheureusement alors que tout
s’était bien déroulé, les cinq dernières personnes ayant fait la fermeture
du Centre se sont fait agresser en bas de la rue par un commando de 25
extrémistes de drotie sionistes casqués et armés de matraques et munis de
gaz lacrymogènes. À la fin de cette attaque ciblée, préméditée et en bande
organisée, un technicien engagé pour l’occasion par le CICP a été blessé
grièvement et emmené à l’hôpital par les pompiers. De nombreux habitants du
quartier ont été témoins des faits, se sont mobilisés et ont donné plusieurs
éléments sur les agresseurs aux policiers arrivés sur place. Une plainte a
été déposée par les victimes et le CICP.

Cet événement fait suite à de nombreuses agressions régulières du (graffitis
de la Ligue de défense juive – LDJ sur les murs de nos locaux, dégradations
racistes et tentative d’incursion dans le Centre, le 20 juin 2006, par un
groupe d’extrême droite sioniste…). Le CICP condamne avec fermeté cette
action fascisante qui vise à faire taire celles et ceux qui dénoncent les
injustices de par le monde, notamment en Palestine, en niant toute liberté
d’expression.

Le CICP

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CICP
Centre international de culture populaire
21ter rue Voltaire - 75011 Paris
21ter rue Voltaire - 75011 Paris
tel: +33 (0)1 43 72 15 73 - fax: +33 (0)1 43 72 15 77
Email:
info@cicp21ter.org
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Lundi 12 mai 2008

A propos de la récente décision de la Cour du 3ème circuit
Avril 2008

Le  27 mars 2008, Mumia Abu- Jamal s’est vu rejeter, par deux voix contre une, son appel à un nouveau procès par la Cour d’appel du 3eme circuit. L’un des faits avancés dans l’argumentaire de la défense avait pourtant, à lui seul, permit la libération d’un condamnés à mort, avant lui, par la même Cour.

Le lundi 7 avril 2008, Mumia Abu-Jamal s’est entretenu par téléphone depuis la prison avec Minister of Information J.R. et Fred Hampton Jr de POCC Block Report Radio à propos de cette récente décision de justice.
Cet enregistrement a été diffusé sur Flash Point le même jour.
Mis sur internet  www.flashpoint.net et  www.prisonradio.org

Ministre de l’information JR : Nous avons récemment souffert d’un retour de jurisprudence dans cette décision de la Court d’appel de 3ème circuit. Quelle réponse apportes-tu face à ce tournant, et quelle situation en découle ?
Mumia Abu-Jamal : Avec les années, j’ai appris à toujours considérer les décisions de justice avec un certain degré de scepticisme. Celle-ci n’a que renforcé mon opinion.
Il y a des années de ça, en 1987, lorsque nous étions face à la Cour suprême de Pennsylvanie, plusieurs de mes avocats à l’époque étaient très enthousiastes, parce qu’ils avaient appris combien les juges étaient en colère au bureau du district attorney de Philadelphie ; ils avaient entendu les discussions, les questions, les réponses et ils étaient genre : ah ah, c’est super, Mumia.
C’était juste au début. J’étais déjà sceptique. Mais durant de nombreuses années de politique, plus particulièrement de politique révolutionnaire noire, mon scepticisme s’est plus que renforcé.
Un reporter d’investigation qui a étudié mon affaire, a appelé ça « l’exception Mumia ». Le problème, c’est que ce n’est pas une exception, mais une véritable « règle Mumia » dont il s’agit. Parce que ça s’est déjà produit avant, nous ne devrions pas être surpris.

J.R : Certaines personnes ont appelé ça une « victoire ». Peux-tu expliquer en quoi ce n’est pas une victoire, mais un pas en arrière ?

Mumia Abu-Jamal : Si c’était une victoire, alors elle serait toute petite, minuscule. Regardez ce que la Cour [du 3ème circuit] a fait et dit : elle a créé de nouvelles règles, ce qui n’est pas une victoire. Encore une fois, c’est la « règle Mumia » - la même chose que ce qu’avait fait la Cour suprême de Pennsylvanie. Pour ceux qui ont étudié d’autres affaires et qui se souviennent, il y en a une qui s’appelle Commonwealth vs. Baker, et qui date de 1986. Je sais qu’avec internet les gens peuvent avoir accès à davantage d’informations, beaucoup plus facilement qu’avant. Si vous vous penchez sur l’affaire Commonwealth vs. Baker, et que vous lisez l’arrêt qui a libéré Baker du couloir de la mort, prononcé en 1986 par la Cour suprême de Pennsylvanie – et si vous lisez ensuite l’arrêt de ce même procureur, dans le même tribunal si ce n’est la même salle d’audience, vous verrez comment la Cour suprême de Pennsylvanie a appliqué de nouvelles règles, le temps de l’affaire Abu-Jamal, avant de réinstaurer à nouveau les anciennes règles quelques années plus tard. Et aujourd’hui, de nouveau, ce sont les nouvelles règles qui sont en vigueur. Quand une Cour de Justice en vient à créer de nouvelles règles et de nouvelles lois pour poursuivre et justifier ce qui, auparavant était considéré comme une injustice, alors c’est une défaite. Une défaite, ce n'est pas une victoire, mais on continue de se battre.

Chairman Fred Hampton Junior : On a move, libérez les tous.

Mumia Abu-Jamal : Salut, Fred Jr, quoi de neuf ? Je t’ai vu sur PBS il y a pas longtemps, en train de parler à une bande d’enfants dans un bus.

Fred Hampton Jr : Exact. On fait passer le message partout où l’on va, tu vois.

Mumia Abu-Jamal : C’est exactement ce que tu leur disais !

Fred Hampton Jr : Oui, en effet, en effet. On croit qu’il faut répéter que c’est par la rue que notre message doit passer. C’est la pression du peuple qui va nous amener aux résultats qu’on espère tous. Mais qu’est ce que tu nous conseillerais de changer, d’orienter ou de mettre en avant dans nos stratégies par rapport à cette campagne d’information ?

Mumia Abu-Jamal : Beaucoup de personnes, qui même se considèrent radicales et révolutionnaires, se sont fait attraper en plein sommeil. Ces personnes ont lu, ont entendu, ou étaient sur place pendant l’audience et s’étaient dit : « Woaw »

Laisse moi te raconter une histoire qu’un ami avocat m’a racontée il y a quelques jours. Ca s’est passé à Pittsburgh, à une conférence/débat donnée par Bryan Stevenson, un avocat noir très connu, originaire d’Alabama, spécialisé dans le droit des affaires criminelles. Il parlait à un groupe d’opposants à la peine capitale, mais aussi à des étudiants, des étudiants en Droit ainsi qu’à d’autres personnes.  Et il leur a donné une conférence qui leur a beaucoup plu, et les gens ont posé plein de questions à la fin. Et bien, quelqu’un s’est levé et lui a demandé : Et donc, à propos de Mumia ? Et le mec a répondu : « Ne vous inquiétez pas, il le tient, le nouveau procès. »
Ironie du sort, 5 minutes avant qu’il ne dise ça, quelqu’un dans la salle avait reçu un sms. C’était à 11h le matin du 27, et ils venaient de recevoir tout juste ce que la Cour du 3ème Circuit avait décidé. Et on parle là d’un homme reconnu comme expert, pas seulement en Droit criminel, mais en Droit tout court, un expert célèbre. Pour avoir lu les affaires et étudié les arguments, il était sûr de ce qu’il avançait. Mais il avait tort. Parce que les avocats ont beau être très bons et très brillants ; ce qu’ils ne prennent pas en compte, c’est l’intrusion de la politique dans les textes de loi ; ce qu’ils ne prennent pas en compte, c’est la personnification des lois ; ce qu’ils ne prennent pas en compte c’est le pouvoir qu’a une loi de se transformer comme un caméléon.
Et beaucoup de gens très bien informés, voire radicaux, ou même révolutionnaires, pendant un moment, pendant un instant se sont dit que c’était bon ; parce que, ce qu’ils ont lu, vu ou entendu pendant les audiences leur ont fait croire que ça ferait la différence. Et bien, on a vu que ça n’a pas été le cas, n’est pas ?
Je ne vais pas dire aux gens comment ils doivent s’organiser. Ils savent comment faire. Ils doivent faire confiance à leur propre intuition. Je crois en eux. J’ai toujours cru en eux, et-ce depuis que je suis adolescent. Les gens ne te laissent pas parterre, ils font ce qui est juste parce qu’ils savent dans leur cœur ce qui est juste. Et je leur dis encore merci.
J’ai fait une chronique, hier sur la manière dont parfois on oublie notre Histoire. L’Histoire de tribunaux rangés du côté de la répression ; rangés non pas du côté de la liberté, mais aux côtés de l’esclavage. C’est ce dont il s’agit littéralement avec l’affaire Dred Scott. C’est ce dont il s’agit avec l’affaire Plessy vs. Furgeson.
Certains continuent de croire que l’affaire Brown vs. The Board of Education a tout changé. En fait, ça n’a changé que certaines choses pour certaines gens. Si pour toi ça va, que tes parents sont avocats, médecins, professeurs ou quelque chose dans le genre, ça va, tu as toujours quelques problèmes mais ça va. Tu as assez de ressources pour prendre soin de ta famille et faire ce qu’il faut pour avoir un très bon niveau de vie – chose que tes grands-parents ne pouvaient même pas espérer. Mais si tu es Noir et pauvre dans cette société, les choses n’ont pas réellement changé pour toi, et même, en fait, ont empiré. On parle là de Brown vs. Board of Education, décidé en 1955 ou 1953, qui a mit fin à la ségrégation dans les textes de loi Etatsuniens. Mais dans les années 60 j’étais scolarisé dans un lycée pour Noirs, pratiquant la ségrégation. Et j’ai dû attendre les cours d’été et l’université pour vivre enfin une réelle intégration. Et aujourd’hui, ces mêmes écoles que j’ai fréquentées, gamin, sont pratiquement les mêmes pour des gamins de l’âge de mes petits-enfants, ou des adolescents. La ségrégation dans les textes de loi est une chose ; la ségrégation dans la vie réelle en est une autre. Donc il faut nous souvenir de ce que l’on sait déjà, et agir en conséquence.  Comme disait Frederick Douglas, le pouvoir n’accorde rien sans qu’on ne l’exige.
Fred Hampton Jr : Toi ainsi que d’autres forces avez déclaré ça à de nombreuses occasions. Aimerais-tu dire quelque chose à propos de ce que l’affaire Munia Abu-Jamal représente, et pourquoi tous les rappeurs se font réprimander à chaque fois qu’ils parlent de toi dans des vidéos, dans certains médias ? Pourquoi le Gouverneur de Californie, quand il a refusé d’accorder la grâce à Stanley « Tookie » Williams, l’a justifié par le fait que Tookie Williams s’apparentait fortement à Field Marshal George Jackson et toi Mumia Abu Jamal ? Qu’est ce que c’est ? Tu représentes un symbole ?
Mumia Abu-Jamal : Je pense que pour beaucoup de personnes, surtout des personnes assises et établies, je représente leur pire cauchemar en quelque sorte. Pour beaucoup de gens qui ne savent pas, qui n’ont pas vécu…

        VOIX : Cet appel est émis depuis l’institution correctionnelle de Greene et est sujet à des enregistrements et des écoutes.

Mumia Abu-Jamal : … dans cette période et qui ne connaissent pas le Parti des Panthères Noires, ni le Mouvement de Libération Noir. Ils connaissent peut être, vite fait, les mouvements pour les droits civiques, mais pensent que tout brille, tout est bien à présent. Ceux qui le vivent, eux le savent de toute façon, ils savent que la vie d’une personne Noire dans le ghetto ou la vie d’un Hispanique dans le Barrio est un enfer absolu. Ils se battent encore pour obtenir leurs 15 hectares et leurs 2 mules [promis au terme de leur esclavage officiel] parce qu’ils n’ont rien d’autre. Et en plus, maintenant au-dessus de ça s’ajoute le mépris de la Bourgeoisie noire mariée au mépris de la classe politique. Mais eux ont peur…

            VOIX :   vous reste 60 secondes

Mumia Abu-Jamal : Ils ont peur que la révolution noire s'enflamme à nouveau, tu vois. C’est pour cela que nous avons de telles politiques, des politiques de soumission où les Noirs s’excusent quand les prêtres noirs le leur demandent. Les églises qui étaient un des seuls lieux où les Hommes pouvaient parler de liberté et confronter la vérité au pouvoir. Maintenant, tout doit être politiquement édulcoré, afin que les gens de l’extérieur – ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans une église noire - puissent dicter…

    VOIX : Il vous reste 30 secondes

Mumia Abu-Jamal : … ce que les Noirs doivent écouter : de la folie. On a MOVE
Fred Hampton Jr : On a MOVE. Si tu entends un grand bruit à l’extérieur, c’est que des gens à-travers le monde, depuis la Scandinavie jusqu’à l’Afrique, dans des langues étrangères font savoir qu’ils veulent libérer Mumia, libérer tous les autres.
Mumia Abu-Jamal : Donne leur mon amour et dis leur : On a MOVE !
Fred Hampton Jr: On a MOVE !
Mumia Abu-Jamal: Merci à tous!
Fred Hampton Jr : Merci

Traduction artisanale et modeste : Yannick Sanchez, Réseau Transpyrénéen Mumia Libre

    Arrêt Dread Scott (1856) – Dread Scott était un esclave noir dont le propriétaire résidait au Missouri, Etat esclavagiste. Ce propriétaire, le docteur Emerson, l’emmena dans des Etats où l’esclavage était interdit. De retour au Missouri, Dread Scott a revendiqué sa liberté mais la Cour suprême a refusé de reconnaître à Dread Scott le statut de citoyen et donc le droit d’ester en justice (En direct du couloir de la mort - Mumia Abu-Jamal Ed. La Découverte, 1996 – page 52)
En rendant cet arrêt dans les dernières années avant la guerre de Sécession, la Cour prend fermement position en faveur de l'esclavage, déclarant, d'une part, qu'un Noir, même libre, ne peut être citoyen des États-Unis, d'autre part que, dans les territoires des États-Unis qui, à l'époque, ne sont pas encore des États et sont administrés par le gouvernement fédéral, ce dernier ne peut y interdire l'esclavage. C'est certainement aujourd'hui l'arrêt de la Cour suprême le plus unanimement réprouvé, et il entache gravement la réputation par ailleurs honorable de la Cour Taney
(
http://fr.wikipedia.org/wiki/Scott_v._Sandford)

    Brown et Al. v. Board of Education of Topeka et Al. (Brown et autres contre le bureau de l'éducation de Topeka et autres) est un arrêt de la Cour suprême des États-Unis, rendu le 17 mai 1954 (arrêt 347 U.S. 483). Il est en général appelé simplement Brown v. Board of Education (Brown contre bureau de l'éducation). Il déclare la ségrégation raciale inconstitutionnelle dans les écoles publiques. Un arrêt complémentaire est rendu dans la même affaire le 31 mai 1955 (349 U.S. 294), et les deux arrêts sont aussi dits Brown I et Brown II. L'arrêt est sans doute la plus importante des décisions de la Cour Warren. Si techniquement, la décision Brown s'applique seulement au système d'éducation publique des États, l'arrêt Bolling v. Sharpe 349 U.S. 497 (1954), moins connu, est rendu le même jour et étend l'obligation au gouvernement fédéral.
(http://fr.wikipedia.org/wiki/Brown_v._Board_of_Education)


comité de soutien à Mumia Abu-Jamal - Marseille
tel/fax : 04 91 42 98 47
mumia.marseille@free.fr
http://mumialibre.over-blog.com/
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Vendredi 9 mai 2008

par Pierre Beaudet

(8 mai 2008)

C’est un pays dont on entend jamais parler sauf quand il y a des escalades sur l’Everest. C’est un pays qui semble avoir été oublié par le temps. C’est un pays qui semble-t-il n’intéresse personne parce qu’il n’y a ni pétrole ni gaz. Mais pourtant dans ce pays se déroule sous nos yeux un « tremblement de terre » politique dont les répercussions dépassent de loin ses frontières.

Au Népal mais aussi en Inde du nord tout à côté, la pauvreté et l’exclusion dominent depuis des siècles. Les dominants agissent comme des seigneurs féodaux d’une époque révolue, avec pratiquement le droit de vie et de mort sur des gens qui ne sont certainement pas des « citoyens ». Aux dominations de classe et ethniques se superpose le terrible système de caste, qui perpétue des situations épouvantables de génération en génération. Dans les campagnes du Népal, la majorité de la population est composée de « basses castes » (paysans) et de « dalits (sans caste) considérée comme des sous-humains par une petite élite monarchique.

Mais depuis quelques années, ces non-humains ont décidé d’exister. Ils se sont révoltés. Ils se sont organisés. Ils ont gagné en influence. Au fil des ans, ils ont mis en place différents outils. Ils ont joué le jeu politique. Ils ont été refoulés. Ils se sont construits une petite « armée rouge », ridiculement faible sur le plan militaire, mais redoutable sur le plan social et politique. Et tout à coup, les pauvres ont pris conscience qu’ils étaient la majorité ! Puis, tout cela a débouché sur l’élection d’il y a quelques semaines. Les experts, les consultants, les ambassadeurs, les journalistes des médias de masse, les États-Unis et l’Inde et bien sûr l’élite politique du pays n’avaient jamais pensé à ce scénario « invraisemblable » : les Maoïstes se retrouvant loin devant toutes les autres formations politiques et en principe, à la veille de former un nouveau gouvernement.

Comment expliquer tout cela ? Bien sûr et par définition, les dominés se révoltent. Mais plus souvent qu’autrement, leur lutte est déjouée. Les dominants, utilisant la force et la manipulation, continuent de dominer. Quelque fois (rarement) se produit une exception. Comme les Maoïstes le démontrent au Népal (et d’autres dans le monde comme en Bolivie), il faut retisser le fil, coaliser des forces disparates, proposer un projet à la fois ambitieux et réaliste. Dans ce cas par exemple, les Maoïstes ont eu l’intelligence de regrouper la majorité autour d’un projet républicain, inclusif, qui tient compte des paysans, des dalits, des classes moyennes, des diverses minorités nationales bref, d’un peu tout le monde. La révolution dnt ils parlent consiste à promettre des écoles et des cliniques à des gens qui n’ont jamais vu cela. À remettre de l’ordre dans un pays dévasté par l’arbitraire et le délire. Et à briser le mépris et la violence institutionnelle qui sont au cœur du système en place.

Quelle est l’autre leçon du Népal ? Les dominants, quand ils sentent la soupe chauffer, n’hésitent pas à programmer des massacres. Le roi et sa clique militariste a tué allègrement et sans que personne ne s’en offusque dans ce qu’on appelle la « communauté internationale ». Le droit et la démocratie sont bafoués constamment par des élites qui savent être bien « branchées » sur les hyperpuissances. Il s’agit d’être du « bon côté » et on a tous les droits pour continuer de tuer en toute impunité des pauvres et des exclus. Mais parfois les dominés décident de pratiquer l’autodéfense. Dans les cercles bien pensants, ils sont automatiquement condamnés : ce sont des « terroristes » car ils osent répliquer à la violence des dominants. Les Maoïstes népalais, les résistants libanais et palestiniens, les mouvements de libération ici et là sont condamnés et condamnables pour avoir osé résister. La plupart du temps, cette diabolisation fonctionne et la violence des dominants, incroyablement plus sophistiquée et puissante, l’emporte. Mais encore là il y a des exceptions. Parfois les dominés réussissent à tenir bon. Et sans vaincre l’adversaire, à au moins le déstabiliser et le forcer à un compromis. Avant de condamner la « violence » sans considération au contexte, rappelez-vous comment Nelson Mandela et l’ANC ont finalement vaincu l’apartheid. Et bien c’était aussi (mais pas seulement) parce qu’une poignée de guérilléros a mis le régime au pied du mur. Ce n’est ni une recette ni une solution idéale, mais parfois, les dominés doivent résister. Franchement, je pense que tel est le cas au Népal, car sans leur petite armée rouge, les dominés seraient encore des « sous-humains ».

Maintenant qu’ils sont à la porte du pouvoir politique, il reste à voir comment les Maoïstes vont gérer cela. Ils doivent, et cela ne sera pas facile, faire face à un certain nombre de « vieux démons », dont une tendance à l’autoritarisme, au je-sais-tout-isme, voir au militarisme. Selon les organisations de droits humains qui ont couvert la sale guerre civile qui sévit depuis une dizaine d’années, la majorité des atrocités ont été commises par l’armée, mais les Maoïstes n’ont pas toujours été des anges non plus. Avec une partie du pouvoir dans les mains, certains pourraient être tentés –on a vu cela dans le passé- de tout accaparer. En tout cas pour le moment, ce n’est pas ce que leur chef Prachenda, « le redoutable » dit. Il répète au contraire sa volonté de mettre en place un gouvernement d’unité nationale en tendant la main aux autres partis qu’il a pourtant largement dépassé aux urnes. Disons donc que pour le moment, les Népalais ont décidé de donner la chance au coureur.

De l’autre côté, on peut s’attendre à des turbulences. Les dominants vont remettre cela, s’accrocher à leurs privilèges. Ou pire encore, avec l’aide des États-Unis et de l’Inde, fomenter des troubles et appuyer des groupes qui refusent le compromis. Comme en Bolivie où les réformes promues par le gouvernement d’Évo Morales, pourtant élu par une forte majorité des gens, sont bloquées par les latifundistes et les exploitations pétrolières qui menacent de faire sécession dans les régions les plus riches du pays. Cela prendra tout un miracle pour que les Népalais se faufilent dans tout cela, et face à une situation où 80% des gens, qui vivent dans la plus grande des pauvretés, veulent des changements MAINTENANT. On leur souhaite bonne chance ! Il serait prévisible que les mouvements intéressés par la dynamique de l’altermondialisme qui connaît de réelles avancées, en Amérique latine notamment, essaient de se comprendre ce qui se passe à l’ombre de l’Himalaya.

Source :Centre tricontinental

publié dans : Asie
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