par Salah Salah (Ajial-Liban)
Le 26 juin 2007
Le Ministre de la défense a annoncé dans une interview la " cessation des hostilités " et non un " cessez-le-feu ". Par conséquent, l’armée continue de bombarder et d’envoyer des obus sur les nouveaux sites du Fatah-Islam, " Le Vieux Camp ".
L’UNRWA avait loué en 1948 un morceau de terre pour y établir un camp pour les réfugiés palestiniens. Plus tard, le nombre de réfugiés avait excédé la capacité du camp à les accueillir. Donc, beaucoup d’entre eux qui avaient gagné de l’argent, avaient acheté de la terre autour du camp et y avaient fait construire une maison, avant que la loi libanaise de 2001 n’interdise aux Palestiniens de posséder des terres.
La zone, appelée New Nahr El Barid, est large et possédait des immeubles modernes, à présent complètement démolis et c’est là que se sont cachés les terroristes du Fatah-Islam.
L’armée libanaise a maintenant le contrôle de la zone de New Nahr El Barid, de tous les bureaux, les maisons, les magasins d’armes, les camps d’entraînement etc…
Le restant des touristes a dû s’enfuir vers le vieux camp où résident encore plus de 3000 personnes.
Personne ne peut donner le chiffre exact concernant le nombre de tués dans les rangs du Fatah-Islam. Des amis à moi qui n’ont pas quitté le camp avancent le nombre approximatif de 70 à 80 morts, de 100 à120 blessés et d’une cinquantaine d’irréductibles.
Des cheikhs religieux musulmans se sont faits les intermédiaires entre l’armée et les combattants du Fatah-Islam en posant les conditions suivantes :
Un cessez-le-feu : le Fatah-Islam donne leurs armes aux factions palestiniennes, entre 150 et 200 membres des factions palestiniennes assurent la responsabilité de la sécurité à l’intérieur du camp, permettent aux déplacés de rentrer dans leurs foyers (détruits). Le Fatah-Islam se dissout, leurs membres redeviennent des civils jusqu’à ce qu’on décide de leur sort.
Le Fatah-Islam, à mesure que leur groupe faiblissait, a été d’accord avec ces conditions, tandis que l’armée était d’accord pour discuter de manière positive sur toutes les conditions mentionnées, à l’exception de la dernière. L’armée veut que le Fatah-Islam se rende ce que ce dernier se refuse à faire, ce qui signifie que la confrontation entre les deux parties continue, avec d’autant plus de dommages et de blessés.
La situation à Nahr El Barid m’apparaît différente de celle de Ein El Helweh ou dans d’autres camps, parce que les factions palestiniennes des camps et les responsables libanais dans les zones alentour se sont mis d’accord pour garder le contrôle et empêcher les conflits à l’intérieur des camps et au-delà à proximité. De plus, le Fatah-Islam n’a pas de supporters à l’intérieur des camps. Quoi qu’il en soit, la situation à Ein El Helweh reste sensible mais est sous contrôle.
Hier, dimanche 24 juin 07, j’ai visité les déplacés de Nahr El Barid à El Baddawi. Ils se préparent à rentrer chez eux mais les hommes politiques et les représentants des ONG pensent que cela prendra du temps avant qu’ils ne puissent rentrer parce que les experts veulent s’assurer qu’il n’y a pas d’objets piégés. Ils doivent enlever les déchets et nettoyer l’environnement puis faire une inspection des lieux, avant de reconstruire. Alors seulement les déplacés pourront rentrer.
Notre association culturelle " Rajiain ", " les Rentrants ", incite les gens à rentrer directement dès le cessez-le-feu entre l’armée et Fatah-Islam, et leur explique comment éviter les objets piégés.
Les secours provenant des ONG ont commencé à diminuer. Peut-être parce que les ONG n’ont plus de dépenses accessoires ou peut-être pensent-elles qu’elles en ont fait assez.
J’ai vu de mes propres yeux les souffrances des déplacés : des familles entières vivent dans une seule pièce, sous la chaleur, sans assez de vêtements, sans lieux culturels ou de divertissement ; l’espace dont ils disposent est très limité. Ils ne savent pas quoi attendre de l’avenir, tandis que les rumeurs courent… Mais le plus important, je pense, c’est que les déplacés ont besoin d’interlocuteurs qui les traiteraient en êtres humains, avec leur esprit et leurs sentiments. C’est ce que tente de faire Ajial avec le programme de Rajiain.
ET GAZA ?
On me considère comme l’un des fondateurs du Mouvement National Palestinien formé après la Nakba de 1948 et j’ai pris part à tous les événements qui sont survenus aux Palestiniens depuis le début des années cinquante jusqu’à maintenant. Et je n’ai jamais été aussi stressé et triste qu’en ce moment, à cause de la confrontation entre le Hamas et le Fatah. Je suis politiquement opposé au Fatah que j’accuse d’être responsable de la corruption et du manque de sécurité à Gaza et en Cisjordanie. Mais ce n’est pas la façon de réagir contre les fautes du Fatah. Les forces de l’exécutif du Hamas et Kataaeb El Kassam ont agi de manière sauvage et criminelle contre les gens du Fatah, y compris dans l’immeuble du Président Arafat. De toute façon, ils ont réussi à prendre le contrôle de la bande de Gaza. Et ils se sont jetés dans le piège israélien. A présent la seule force qui puisse décider de l’avenir du Hamas à Gaza, c’est Israël, parce que le Hamas ne sera soutenu ni par les Arabes ni par la communauté internationale.
La direction du Hamas doit choisir : faire davantage de concessions ( ne plus envoyer d’obus sur les colonies, reconnaître Israël, cesser de parler du droit au retour, relâcher le prisonnier israélien, ouvrir des négociations indirectes sur le sort de Gaza uniquement ) ou bien beaucoup de leurs chefs, de leurs militants, de leurs cadres seront tués. Leurs maisons seront détruites jusqu’aux fondations. Le siège continuera, toutes les issues seront fermées. La bande de Gaza deviendra une grande prison.
Les résidents souffriront à l’extrême et leur gouvernement sera incapable de les aider. Les deux options sont difficiles pour le Hamas mais il n’y a pas d’autre choix et ils y perdent dans les deux cas.
Peut-être que certains diront que d’ouvrir des négociations avec Abou Mazen et le Fatah serait une troisième option. Ceci ne peut arriver dans un futur proche, non pas que le Hamas et le Fatah ne le feraient pas, sauf si l’un devait céder le pas à l’autre, mais parce que l’intervention extérieure ( Israël, les USA, les pays européens et arabes) ne le permettrait pas. Pour Israël, l’avantage de cette situation, c'est d’en finir avec le Hamas et d’affaiblir le Fatah et l’Autorité Palestinienne, selon la règle de leur jeu favori : " Diviser pour mieux régner ".
J’ose dire franchement que les Palestiniens devraient se préparer à une nouvelle ère, à de nouveaux plans, de nouvelles stratégies, de nouveaux chefs de file, une nouvelle génération, de nouvelles fondations.
Ajial/ SCC a fait un pas pratique en ce sens : nous préparons une réunion avec 30 participants qui représentent des associations travaillant en faveur de la jeunesse à Gaza, en Cisjordanie, en Jordanie, en Syrie, au Liban et dans les villages palestiniens en Israël. Nous espérons pouvoir tenir cette assemblée en Août prochain dans un pays européen.
Enfin, j’aimerais demander à nos amis et partenaires d’accroître leur solidarité et leur soutien vis-à-vis des Palestiniens, pas seulement en ce qui concerne les secours et l’entraide mais également en faisant intervenir les politiques et les médias.
En ce qui concerne l’entraide, je conseille à nos partenaires et nos partisans qui aimeraient faire une contribution de prendre en considération les besoins réels des déplacés, avant et après leur retour dans leurs foyers détruits des camps.
Salah Salah
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