Mercredi 26 septembre 2007
 
AP | 25.09.2007 | 12:51
 

Dans la foulée des manifestations populaires survenues dimanche dans la ville de Sefrou, à 200km à l'est de Rabat, le gouvernement marocain vient d'annuler la dernière augmentation en date du prix du pain.

C'est à l'issue d'une réunion d'urgence que le ministre de l'Intérieur, Chakib Benmoussa, a décidé lundi de revoir à la baisse le prix de l'un des produits alimentaires les plus consommés par les Marocains. Le prix du pain avait connu, le 10 septembre dernier, une augmentation de l'ordre de 30%, suite notamment à la hausse des cours du blé sur le marché mondial.

A l'origine de cette décision, une marche organisée dimanche à Sefrou par la section locale de l'Association marocaine des droits humains (AMDH) pour dénoncer la "hausse des prix" de produits alimentaires a dégénéré en heurts violents entre des manifestants -estimés par l'AMDH à 4.000- et les forces de sécurité.

Deux jours après ces violences, trois journaux nationaux faisaient état mardi d'un bilan de 300 blessés, dont 22 dans un état grave.

Dans une déclaration à la presse, le gouverneur de la province de Sefrou, Mohamed Allouche, a précisé que "cette manifestation avait "dégénéré" et occasionné "des dégâts à nombre d'établissements d'enseignement, administratifs et commerciaux ainsi que des incendies de plusieurs biens privés, dont des véhicules".

Selon la presse marocaine de mardi, au moins 30 personnes ont été arrêtées, dont deux membres de la section locale de l'AMDH.

Lundi soir, le ministère de l'Intérieur a convoqué Kahdija Raydi, la présidente de l'AMDH. Les autorités marocaines estiment que l'association "aurait dévié de son principe fondateur", qui est la défense des droits de l'Homme, pour se transformer en "porte-voix d'idées d'extrême gauche".

Depuis sa fondation en 1979, l'AMDH mène un combat pour la défense et la promotion des droits humains au Maroc. Cette ONG, affiliée à la FIDH (Fédération internationale des droits de l'Homme), dispose de 70 sections locales et huit sections régionales. Elle compte 8.000 membres environ, dont un millier de femmes.

Cependant, l'AMDH a organisé depuis 2006 plusieurs sit-in contre la hausse des prix. Le bureau central de l'association a également appelé ses militants à l'élargissement et au développement de leurs activités dans la perspective de la défense de l'ensemble des droits économiques, sociaux et culturels des citoyens.

L'AMDH s'oppose notamment à la flambée des prix des produits alimentaires de base, qui affecte le pouvoir d'achat des ménages, en net recul depuis le début de l'année. Les chiffres communiqués par le haut commissariat au plan attestent d'une augmentation du coût de la vie de 2,1% depuis janvier.

En 1981, le gouvernement marocain avait procédé à une augmentation de 30% du prix du pain. Cette hausse brutale avait provoqué les émeutes les plus sanglantes de l'histoire de la ville de Casablanca. Plusieurs centaines de morts avaient été déplorées. AP

publié dans : Maghreb
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Mercredi 26 septembre 2007

Alors que les transferts financiers des migrants africains dépassent largement les montants alloués au titre de l’Aide publique au développement dans plusieurs pays, les frais élevés perçus par les agences constituent une entrave selon le Président de la Banque africaine de développement (Bad).

Les 14 à 17 milliards de dollars américains que représentent le montant global des transferts d’argents annuels des migrants africains pourraient êtres plus importants si les contraintes liées au taux élevé des frais de transferts étaient levées. Malgré la somme de 19 euros perçus par les agences pour 100 euro transférés, cette manne financière dépasse, aujourd’hui, largement les montants alloués au titre de l’Aide publique au développement (Adp) aux pays africains. Une étude, effectuée par Banque africaine de développement (Bad), révèle qu’au Maroc, au Sénégal ou dans les Iles Comores, les transferts des migrants africains représentent respectivement 750 %, 218 % et 346 % de l’aide publique au développement. Au Mali, ces transferts égalent le montant de l’Adp, avec 120 milliards par an transférés, par la seule diaspora malienne en France. La révélation en a été faite hier dans un communiqué de presse, publié à l’occasion de la visite qu’effectue au Mali le Président de la Bad, Donald Kaberuka.

Ce dernier a, d’ailleurs, souligné qu’il est important de «lever les contraintes freinant ces transferts de fonds qui constituent un complément très important aux financements des bailleurs». Ces contraintes contribuent à dissuader la diaspora de recourir aux circuits officiels de transfert d’argent, au profit de circuits informels ou clandestins.

Donald Kaberuka a clôturé sa visite officielle au Mali par un vibrant plaidoyer pour une mobilisation plus efficace des transferts des migrants, avant d’annoncer que son organisation entendait soutenir les pays africains pour qu’ils puissent mieux canaliser ces transferts financiers qui, par leur importance, constituent une contribution non négligeable au développement économique des pays récepteurs. Déjà, plusieurs secteurs de l’économie bénéficient des retombées de ces transferts de fonds qui permettent à des familles et à des entreprises de prospérer, tout en assurant la réalisation d’infrastructures dans les régions les plus reculées. «L’importance et la stabilité de ces transferts de fonds» réalisés par la diaspora joue «un rôle de plus en plus prépondérant», a constaté Donald Kaberuka. Toutefois, malgré l’importance des fonds, seules quelques agences occidentales se partagent ce marché plus que lucratif et maintiennent les frais de transfert à un niveau encore très élevé.

Par ailleurs, des experts ont souligné les nombreux avantages des fonds provenant des migrants. Ils permettent entre autres, aux pays de compenser la perte d’énergie et de capacité causées par la fuite des cerveaux. La main d’œuvre qualifiée, qui s’exile, contribue ainsi à la construction du pays par les contributions financières qu’elle rapatrie. Bien utilisée et canalisée, cette manne financière pourrait être insérée dans des secteurs prioritaires, si les pouvoirs publics se donnent les moyens de la contrôler un tant soit peu.

De l’autre côté, les Etats devraient encourager le développement des transferts d’argent de l’extérieur, en ce sens qu’ils compensent les fonds provenant de l’Adp ou de l’investissement direct étranger. Pour des pays comme le Sénégal, qui n’ont pas de ressources minières importantes à valoriser, les transferts d’argent des ressortissants émigrés constituent une manne financière faible et stable. Qui ne subit pas les aléas des relations diplomatiques comme l’Aide au développement, ou les investissements étrangers.

                                                                                    Mame Woury Thioub -

Source : http://www.lequotidien.sn/articles/article.CFM?article_id=47226
publié dans : Sans papiers / travailleurs immigrés
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Mardi 25 septembre 2007
 

« Nous nous battons pour un nouveau procès »
Interview de Mumia Abu Jamal- juillet 2007
par Margaret Prescod pour son émission de radio ³Sojourner Truth²  Pacifica Radio Network

Margaret Prescod : Mumia, les gens ne sont pas d¹accord sur la manière de te définir : comme un chauffeur de taxi, un journaliste d¹investigation, un Black Panther, un avocat de prison. Comment te vois-tu ?
Mumia Abou Jamal : Eh bien, d¹une certaine manière, tout ça et encore plus.
Je veux dire, quand les gens ne sont pas d¹accord, parfois certains demandent de la simplicité, alors que la vie est rarement aussi simple. La vie est complexe, et bien d¹autres, herboriste, avocat en prison, écrivain, poète, pas un très grand, mais j¹essaie, père, grand-père, mari ; et, vous savez, toutes ces choses sont vraies.
MP : Comment arrivez-vous à trouver l¹information et la concentration pour faire vos rubriques qui passent sur les ondes de plus de 100 stations de radio dans tout le pays ?
MAJ : Je lis, beaucoup, des livres intéressants sur la politique, parfois l¹histoire. J¹essaie de lire plusieurs journaux, et je me renseigne sur ce qui se passe ici, autour de moi. Vous savez, un article sur un événement local est mieux que, par exemple, un commentaire sur la guerre (rire). Pour ne pas perdre l¹¦il du journaliste. Un sujet comme un autre.
MP : Quel est ton emploi du temps? Combien d¹heures par jour as-tu à l¹extérieur, et comment les passes-tu ?
MAJ:  Dans de nombreux Etats, le couloir de la mort est comparable à un cachot. On est dans une cellule, seul. Sauf pendant 2 heures par jour, quand on est dans une cage. Certains appellent ça une cour, mais je pense qu¹il vaut mieux l¹appeler une cage, qu¹on y soit seul ou non.
Alors, 22 heures par jour, ça laisse beaucoup de temps pour penser, pour lire, écrire, etc. , alors, et ça peut paraître étonnant,  mais j¹ai en fait plus de temps(rire) que le journaliste ou commentateur radio moyen.
MP : un peu de temps pour faire des exercices, peut-être ?
MAJ : Eh bien, oui. En cage, on peut faire un peu de jogging, des pompes etc.
Moi, j¹adore le handball. C¹est comme le tennis, sans raquettes. (rires des 2 ). C¹est très vigoureux, un bon exercice, et habituellement 3 fois par semaine, je peux faire un match, en fait on en a joué un très bon ce matin.
MP : En quoi la vie en prison a-t-elle changé en 25 ans ?
MAJ : D¹une manière qui n¹était certainement pas imaginable il y a 30 ans. On n¹aurait pas cru qu¹on puisse arriver à quelque 3 millions de prisonniers, vous savez que dans l¹Etat où vous êtes, la Californie, il y en a plus en ce moment que dans toute la France. C¹est dingue, on ne peut même pas se faire une idée d¹un tel chiffre.
Alors, en 30 ans, on a bâti ce qu¹on appelle parfois le complexe pénitentiaire industriel. Il y a beaucoup d¹argent en jeu, beaucoup de business, beaucoup de pouvoir social  à y gagner, en ce sens que beaucoup de ceux qui en forment la population viennent du c¦ur des villes, et ils sont transportés dans les régions rurales plutôt dépeuplées.
Ce que beaucoup de gens ignorent, c¹est que toute cette population est comptée, non seulement dans le recensement, mais aussi dans les circonscriptions électorales, bien qu¹évidemment nos voix, nos soucis, nos vies, aucuns de nos intérêts ne comptent.
MP : Mumia, tu es à l¹intérieur, et ceux qui te soutiennent sont dehors, c¹est un vrai problème. Comment leur donnes-tu des instructions pour leur travail ?
MAJ : De manière personnelle, en général, j¹écris des lettres, je téléphone et parle à des gens, également à travers ceux qui me soutiennent, qui peuvent communiquer plus profondément, plus intensément avec les plus jeunes. Nous travaillons de personne à personne, c¹est le seul moyen vraiment efficace, je pense, pour réellement armer quelqu¹un pour ce boulot très ardu d¹activiste anti-prison.

MP : Vois-tu ton propre cas comme ayant une influence sur ceux des autres prisonniers ?
MAJ     : C¹est difficile à évaluer, parce qu¹on a du mal à communiquer plus loin que son propre quartier. Il est également difficile, quand on n¹est pas en prison, de comprendre le degré d¹isolement dans certains systèmes pénitentiaires, les nouvelles prisons sont construites différemment des anciennes.
Dans les vielles prisons, les gens pouvaient communiquer et se déplacer bien plus facilement que maintenant. Les nouvelles visent à isoler les gens. Alors, tu peux avoir un type dans le quartier voisin, tu ne le vois peut-être pas de 6 mois, d¹un an, je veux dire qu¹on est vraiment isolés, en dehors de son propre quartier.
MP : Comment sont les « vieux » prisonniers, comparés aux « jeunes » ? As-tu noté une différence entre ceux qui sont enfermés depuis longtemps et ceux qui arrivent? Par rapport à toi, par exemple ?
MAJ : Eh bien, quand je suis rentré, j¹étais bien plus âgé que beaucoup de ceux qui arrivent maintenant. J¹avais 27, 28 ans, ce qui me semble jeune maintenant, mais comparé aux ados et jeunes de 20 ans d¹aujourd¹hui, ça fait une belle différence entre alors et maintenant.
Je peux dire de façon certaine que beaucoup des anciens ont tendance à être plus calmes, plus conscients. Parmi les jeunes, récemment, c¹est pas juste une question d¹âge, mais aussi ils viennent d¹une situation qui est bien pire qu¹il y a 20 ans.
Je veux dire par-là que, dans de nombreuses communautés, disons à Philadelphie, la situation est bien plus dangereuse, instable économiquement, bien plus désastreuse socialement qu¹avant. Ca se voit quand on rencontre des jeunes qui sont, à mon avis, dans un état de rage constant, d¹incapacité, de refus d¹écouter les plus anciens.
MP : Pour parler de ta situation, où en est cet élan pour un nouveau procès ? Tes avocats et ceux qui te soutiennent demandent un nouveau procès. Pourquoi cela, et pourquoi maintenant ?
MAJ : Pourquoi maintenant? Evidemment, ça ne date pas d¹aujourd¹hui. Nous nous battons dans ce but depuis de nombreuses années, en différents lieux de cet Etat, et dans de nombreux tribunaux. Nous n¹allons en Cour fédérale que depuis presque 10 ans, en tous cas depuis 2001 pour sûr, depuis que la décision de justice a été prise. On en est en Cour d¹appel.
Nous réclamons un nouveau procès, et ça me rappelle ce qu¹un de nos avocats disait : On ne se bat pas seulement pour obtenir un autre procès, mais un qui serait équitable, parce qu¹en face de l¹ancien juge, Albert A. Sabo, membre à vie de l¹Ordre Fraternel de la Police, dont de nombreux avocats ayant travaillé en face de lui ont dit qu¹il était un vrai procureur, on ne peut pas dire que mon procès a été équitable et juste.
MP : Si on t¹accorde un nouveau procès, pouvons-nous nous attendre à du nouveau ?
MAJ : Oui, beaucoup de nouveau. Il y a de nombreuses années, j¹ai dit que le jury n¹avait pas entendu grand chose, et entendu des choses qui, franchement, étaient tout à fait injustes, fausses, et qui n¹avaient rien à voir. Je l¹ai dit au jury en 1982. Je pense que, si nous avons un nouveau procès, nous pouvons en apporter la preuve.
MP : Et si ce nouveau procès est refusé ?
MAJ : Je ne suis pas quelqu¹un de négatif. Je ne pense pas négativement, ce n¹est pas dans ma nature. Je ne suis pas non plus un incorrigible optimiste, mais je pense que nous avons construit un bon dossier, fort. Et je pense que les résultas seront bons.
MP : Mumia, comment tu y arrives? Ca fait 25 ans que tu te bats contre une justice inique, le racisme incroyable du premier procès, et te voilà de nouveau au front, à lutter pour obtenir un nouveau procès. Comment tu y arrives ?
MAJ : Je suppose qu¹on peut me décrire comme quelqu¹un d¹actif. C¹est pas nouveau, mais c¹est vrai. Pour moi, 24 heures par jour, ça ne suffit pas. J¹ai toujours des projets en cours, des demandes sans réponses, des lettres que je n¹ai pas écrites (rire) que franchement je pensais avoir écrites, des tableaux que je veux esquisser, ou dessiner ou peindre, des articles que je veux écrire, alors, il y a tant d¹heures par jour, et j¹essaie de bien les utiliser, mais en tous cas, je suis toujours actif, et je pense que ça aide.
Aussi, j¹ai été entouré par des gens extraordinaires. Depuis mon premier jour, il y a de nombreuses années, à Philadelphie, dans tout le pays, tout l¹Etat. Des hommes extraordinaires, dans le couloir de la mort. Et j¹ai aussi rencontré des gens de tous les milieux, des gens remarquables, hommes et femmes, des écrivains, des militants, tout ce que vous voulez. Alors ça m¹a beaucoup aidé.
MP : Gardes-tu l¹espoir ?
MAJ : J¹espère toujours, crois-moi. (tous deux rient) Tu sais, on ne peut pas échapper à sa nature profonde. J¹ai dit que je n¹étais pas un optimiste incorrigible, mais je garde toujours espoir, c¹est ma façon de voir le monde.
MP : Ca, on s¹en rend compte. Qu¹aimerais-tu dire d¹autre à ceux qui t¹écoutent dans tout le pays et même le monde entier, grâce au Web ?

MAJ : Je voudrais juste que les gens sachent que je suis très sensible et reconnaissant pour tous les témoignages d¹amour et de soutien que j¹ai reçu depuis de nombreuses années. Je reçois des lettres chaque jour. Malheureusement, je ne peux pas répondre à toutes, mais je m¹efforce de toutes les lire. Depuis quelques semaines, j¹ai un problème parce qu¹à peu près 7 fois par semaine au moins, je reçois des lettres d¹amis en Allemagne, mais je ne sais pas encore vraiment lire l¹allemand ! (tous 2 rient) Donc, je ne peux pas dire que je les ai toutes lues !
J¹aimerais dire à ces gens, tu sais, en tête-à-tête, merci ! Merci de prendre le temps de m¹écrire, merci de penser à moi, merci de vos v¦ux, et merci pour votre amour et votre soutien. Ca, ça compte pour moi, ça, je le  ressens, et ma gratitude est immense.
MP : Mumia Abu Jamal, merci beaucoup d¹avoir passé ces quelques moments avec nous.
MAJ : Merci, Margaret.

Source : Comité de soutien à Mumia Abu-Jamal
C/o viretto & dieudonné
18 place Jean Jaurès
13001 Marseille, France
Tél./fax 04 91 42 98 47
mumia.marseille@free.fr

La transcription est de Michael Schiffmann
www.againstthecrimeofsilence.org
www.abu-jamal-news.com
et la traduction est de Jean-Luc pour le comité Mumia de marseille
La version anglaise sur
http://againstthecrimeofsilence.de/News/Mumia-July-2007.pdf
Les enregistrement audios de Mumia sont sur le site:
http://www.prisonradio.org
publié dans : USA
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Dimanche 23 septembre 2007
Les Echos (Bamako)
14 Septembre 2007
Publié sur le web le 14 Septembre 2007 par http://fr.allafrica.com/

Pr. Adame Ba Konaré*

Si nous nous taisons, ce sera l'histoire qui nous jugera du haut de son tribunal. Si nous nous taisons, ce sera ne pas faire honneur à la mémoire de tous nos devanciers, parmi lesquels Joseph Ki-Zerbo et Cheikh Anta Diop, qui se sont lancés corps et âme dans la bataille de la réhabilitation de l'histoire africaine.

Le discours du président de la République française, M. Nicolas Sarkozy, lors de sa visite à Dakar le 26 juillet 2007 n'a pas manqué de soulever une vive réprobation dans une large partie de l'opinion africaine, par son ton, par ses références à des poncifs vieux de plus d'un siècle que l'Europe tenait sur l'Afrique avant la colonisation, une Afrique alors méconnue et fantasmatique.

Les poncifs les plus saillants du discours « sarkozien », directement hégéliens mais révolus depuis et qui heurtent le plus l'historien de l'Afrique, proclament, entre autres, ceci :

(...) « Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. Le paysan africain qui, depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec la nature, ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.

Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée de progrès.

Dans cet univers où la nature commande tout, l'homme échappe à l'angoisse de l'histoire qui tenaille l'homme moderne mais reste immobile au milieu d'un ordre immuable où tout semble être écrit d'avance.

Jamais l'homme ne s'élance vers l'avenir. Jamais il ne lui vient à l'idée de sortir de la répétition pour s'inventer un destin.

Le problème de l'Afrique et permettez à un ami de l'Afrique de le dire, il est là. Le défi de l'Afrique, c'est d'entrer davantage dans l'histoire. C'est de puiser en elle l'énergie, la force, l'envie, la volonté d'écouter et d'épouser sa propre histoire.

Le problème de l'Afrique, c'est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l'éternel retour, c'est de prendre conscience, que l'âge d'or qu'elle ne cesse de regretter ne viendra pas pour la raison qu'il n'a jamais existé.

Le problème de l'Afrique, c'est qu'elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l'enfance.

(...) La réalité de l'Afrique, c'est celle d'un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu'il n'arrive pas à se libérer de ses mythes (...) »

Le récent article de M. Jean-Marie Bockel, Secrétaire d'Etat auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, chargé de la Coopération et de la Francophonie, paru dans le journal « Le Figaro » du 4 septembre 2007, qui tente de recadrer le discours du président français, en rajoute au malaise : « l'Afrique interroge, passionne, interpelle. Enfin !

Premier résultat et non des moindres : le continent africain est de nouveau à l'ordre du jour.

Depuis l'intervention du président de la République, l'Afrique est sortie du cénacle des technocrates des « bailleurs de fonds » pour s'inviter à la grande table du débat populaire.
Liens Pertinents
Afrique de l'Ouest
Mali

En choisissant à dessein de parler librement, Nicolas Sarkozy a libéré la parole. (...) Prenons acte du retour de l'Afrique dans le débat d'idées ».

De telles déclarations sont révélatrices d'un fait : après plus de cent ans d'histoire partagée avec la France et près de soixante ans de collaboration après les indépendances, l'Afrique se rend compte brutalement que son principal partenaire a d'elle une vision étonnamment statique, alors même que foisonnent depuis maintenant plusieurs décennies, moult écrits et moult débats sur elle et sur son sol.

Face à une telle situation, nous sommes, nous historiens africains, interpellés en premier lieu, car ce sont nous, fondamentalement, qui avons la charge de gérer la mémoire de l'Afrique. Intervenir dans ce débat est un devoir à la fois scientifique et militant pour nous.
Si nous nous taisons, ce sera l'histoire qui nous jugera du haut de son tribunal. Si nous nous taisons, ce sera ne pas faire honneur à la mémoire de tous nos devanciers, parmi lesquels Joseph Ki-Zerbo et Cheikh Anta Diop, qui se sont lancés corps et âme dans la bataille de la réhabilitation de l'histoire africaine.

S'assumer et assumer notre part de responsabilité face à l'histoire, face aux générations montantes, face à la jeunesse, voilà ce que je vous propose, voilà ce que je nous propose. Réfléchissons, échangeons, partageons sur la base du volontarisme, en adoptant une posture scientifique dépouillée de toute émotion, autour des thèmes suivants que nous retenons dans les débats en cours :

- « L'Africain et la reproduction du temps mythique » ;

- « L'Africain et la corruption » ;

- « Ce que la colonisation a apporté à l'Afrique » ;

- « L'Africain et la raison » ;

- « L'Africain et le règne de la nature » ;

- « L'Africain et les droits de l'homme, la démocratie, la liberté et la justice » ;

- « L'Africain et l'enfermement sur soi ».

Je propose que chacun d'entre nous, dans son domaine de compétence académique, produise un article au plus tard pour fin décembre 2007, en introduisant, si nécessaire, des grilles de lecture comparative avec d'autres sociétés pour un raccordement juste et équitable à l'histoire universelle.

Cette liste n'est pas exhaustive. Vous voudrez l'enrichir par de nouvelles propositions. Le recueil, validé par un comité scientifique, fera l'objet d'un ouvrage collectif à paraître courant 2008 et sera versé dans le dossier du partenariat France/Afrique.

Une fois le livre paru, les auteurs, pour ceux qui le désirent, se dissoudront avec moi dans un comité, le Comité de défense de la mémoire de l'Afrique (CMAD).
Liens Pertinents
Afrique de l'Ouest
Mali

Ce comité, j'entends le lancer et en faire un instrument de veille et de vigilance pour la sauvegarde de la mémoire de l'Afrique. Toute suggestion de votre part sera la bienvenue.

A vous tous qui adhérez à mon projet, et pour toute autre réaction de votre part, vous pouvez me joindre et envoyer vos articles et correspondances au contact suivant : memoireafrique@yahoo.fr

Confraternellement.


*Adame Ba Konaré est une écrivain et professeure d'histoire malienne née à Ségou le 1er mai 1947.
Elle est l'épouse d' Alpha Oumar Konaré qui a été président du Mali de 1992 à 2002.

Ouvrages publiés
    ▪     1977 : Sonni Ali Ber (Études Nigériennes N°40)
    ▪     1983 : Sunjata, fondateur de l'Empire du Mali (Nouvelles éditions africaines)
    ▪     1983 : Grandes dates du Mali en collaboration avec Alpha Oumar Konaré (EDIM)
    ▪     1987 : L' Epopée de Ségou (Editions Pierre Marcel Favre)
    ▪     1993 : Dictionnaire des femmes célèbres du Mali (Jamana)
    ▪     1993 : Ces mots que je partage : Discours d'une Première Dame d'Afrique (Jamana)
    ▪     2000 : L'Os de la parole : Cosmologie du pouvoir (Présence Africaine)
    ▪     2001 : Parfums du Mali : Dans le sillage du wusulan (Cauris)
    ▪     2006 : Quand l'ail se frotte à l'encens (Présence africaine)

(source Wikipedia)



par Adame Ba Konaré (Les écchos Bamako) publié dans : Afrique
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Jeudi 20 septembre 2007
arton3352.pngLes préfectures de Lozère et des Bouches-du-Rhône ont affrété ce matin un avion militaire pour expulser vers le Kosovo une famille qui avait fui deux ans auparavant ce pays après avoir eu, du fait de la guerre, leur grand-père tué, leur maison brûlée... Arrivés en France, ils ont quitté une guerre pour en trouver une autre, celle que fait subir quotidiennement ce gouvernement aux personnes sans-papiers. Malgré tout, ils font leur vie en France, les enfants vont à l’école. En témoigne la lettre écrite par Liridona (14 ans) dans le centre de rétention du Canet, au 14ème jour d’emprisonnement de la famille :
« Et un jour on a quitté le Kosovo le 23 août 2005 pour venir en France, notre route a coûté très cher avec la vie et l’argent. Et maintenant en France on a resté 2 ans, ces 2 ans ont a passé bien, on a appris la langue et aussi votre vie, et maintenant on a perdu tout et ils m’ont mis en prison, eux qui ont fait ça ont pas d’âme et pas de cœur. On aime l’école, la liberté, et pas la prison, car on est des enfants, que on aime vivre comme tous les autres enfants libres. Et maintenant on a pas de liberté de retourner au Kosovo. »
La famille a dû faire face dans le centre de rétention à une guerre psychologique sciemment menée par les services de la P.A.F.– menaces d’utiliser contre eux la force s’ils résistaient, menace de les mettre dans l’avion sans leurs bagages, mensonges et revirement successifs quant au dénouement, intimidations… Ceci pour satisfaire aux objectifs chiffrés et quotas d’expulsés annuels du ministre Hortefeux.
Nous continuerons à faire savoir ce qu’il se passe et à nous opposer sans relâche à cette politique ignoble et criminelle que rien, absolument rien, ne peut justifier sinon la haine de l’étranger.
Ne nous résignons pas à tolérer que des êtres humains puissent devenir des quotas, des "objectifs à atteindre" !
Soyons de plus en plus nombreux à lutter avec les personnes sans-papiers !
Régularisation des sans-papiers !

 Contact RESF Bouches-du-Rhône : 06 31 32 48 65 / resf13@no-log.org
publié dans : Sans papiers / travailleurs immigrés
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