Lundi 12 mai 2008

A propos de la récente décision de la Cour du 3ème circuit
Avril 2008

Le  27 mars 2008, Mumia Abu- Jamal s’est vu rejeter, par deux voix contre une, son appel à un nouveau procès par la Cour d’appel du 3eme circuit. L’un des faits avancés dans l’argumentaire de la défense avait pourtant, à lui seul, permit la libération d’un condamnés à mort, avant lui, par la même Cour.

Le lundi 7 avril 2008, Mumia Abu-Jamal s’est entretenu par téléphone depuis la prison avec Minister of Information J.R. et Fred Hampton Jr de POCC Block Report Radio à propos de cette récente décision de justice.
Cet enregistrement a été diffusé sur Flash Point le même jour.
Mis sur internet  www.flashpoint.net et  www.prisonradio.org

Ministre de l’information JR : Nous avons récemment souffert d’un retour de jurisprudence dans cette décision de la Court d’appel de 3ème circuit. Quelle réponse apportes-tu face à ce tournant, et quelle situation en découle ?
Mumia Abu-Jamal : Avec les années, j’ai appris à toujours considérer les décisions de justice avec un certain degré de scepticisme. Celle-ci n’a que renforcé mon opinion.
Il y a des années de ça, en 1987, lorsque nous étions face à la Cour suprême de Pennsylvanie, plusieurs de mes avocats à l’époque étaient très enthousiastes, parce qu’ils avaient appris combien les juges étaient en colère au bureau du district attorney de Philadelphie ; ils avaient entendu les discussions, les questions, les réponses et ils étaient genre : ah ah, c’est super, Mumia.
C’était juste au début. J’étais déjà sceptique. Mais durant de nombreuses années de politique, plus particulièrement de politique révolutionnaire noire, mon scepticisme s’est plus que renforcé.
Un reporter d’investigation qui a étudié mon affaire, a appelé ça « l’exception Mumia ». Le problème, c’est que ce n’est pas une exception, mais une véritable « règle Mumia » dont il s’agit. Parce que ça s’est déjà produit avant, nous ne devrions pas être surpris.

J.R : Certaines personnes ont appelé ça une « victoire ». Peux-tu expliquer en quoi ce n’est pas une victoire, mais un pas en arrière ?

Mumia Abu-Jamal : Si c’était une victoire, alors elle serait toute petite, minuscule. Regardez ce que la Cour [du 3ème circuit] a fait et dit : elle a créé de nouvelles règles, ce qui n’est pas une victoire. Encore une fois, c’est la « règle Mumia » - la même chose que ce qu’avait fait la Cour suprême de Pennsylvanie. Pour ceux qui ont étudié d’autres affaires et qui se souviennent, il y en a une qui s’appelle Commonwealth vs. Baker, et qui date de 1986. Je sais qu’avec internet les gens peuvent avoir accès à davantage d’informations, beaucoup plus facilement qu’avant. Si vous vous penchez sur l’affaire Commonwealth vs. Baker, et que vous lisez l’arrêt qui a libéré Baker du couloir de la mort, prononcé en 1986 par la Cour suprême de Pennsylvanie – et si vous lisez ensuite l’arrêt de ce même procureur, dans le même tribunal si ce n’est la même salle d’audience, vous verrez comment la Cour suprême de Pennsylvanie a appliqué de nouvelles règles, le temps de l’affaire Abu-Jamal, avant de réinstaurer à nouveau les anciennes règles quelques années plus tard. Et aujourd’hui, de nouveau, ce sont les nouvelles règles qui sont en vigueur. Quand une Cour de Justice en vient à créer de nouvelles règles et de nouvelles lois pour poursuivre et justifier ce qui, auparavant était considéré comme une injustice, alors c’est une défaite. Une défaite, ce n'est pas une victoire, mais on continue de se battre.

Chairman Fred Hampton Junior : On a move, libérez les tous.

Mumia Abu-Jamal : Salut, Fred Jr, quoi de neuf ? Je t’ai vu sur PBS il y a pas longtemps, en train de parler à une bande d’enfants dans un bus.

Fred Hampton Jr : Exact. On fait passer le message partout où l’on va, tu vois.

Mumia Abu-Jamal : C’est exactement ce que tu leur disais !

Fred Hampton Jr : Oui, en effet, en effet. On croit qu’il faut répéter que c’est par la rue que notre message doit passer. C’est la pression du peuple qui va nous amener aux résultats qu’on espère tous. Mais qu’est ce que tu nous conseillerais de changer, d’orienter ou de mettre en avant dans nos stratégies par rapport à cette campagne d’information ?

Mumia Abu-Jamal : Beaucoup de personnes, qui même se considèrent radicales et révolutionnaires, se sont fait attraper en plein sommeil. Ces personnes ont lu, ont entendu, ou étaient sur place pendant l’audience et s’étaient dit : « Woaw »

Laisse moi te raconter une histoire qu’un ami avocat m’a racontée il y a quelques jours. Ca s’est passé à Pittsburgh, à une conférence/débat donnée par Bryan Stevenson, un avocat noir très connu, originaire d’Alabama, spécialisé dans le droit des affaires criminelles. Il parlait à un groupe d’opposants à la peine capitale, mais aussi à des étudiants, des étudiants en Droit ainsi qu’à d’autres personnes.  Et il leur a donné une conférence qui leur a beaucoup plu, et les gens ont posé plein de questions à la fin. Et bien, quelqu’un s’est levé et lui a demandé : Et donc, à propos de Mumia ? Et le mec a répondu : « Ne vous inquiétez pas, il le tient, le nouveau procès. »
Ironie du sort, 5 minutes avant qu’il ne dise ça, quelqu’un dans la salle avait reçu un sms. C’était à 11h le matin du 27, et ils venaient de recevoir tout juste ce que la Cour du 3ème Circuit avait décidé. Et on parle là d’un homme reconnu comme expert, pas seulement en Droit criminel, mais en Droit tout court, un expert célèbre. Pour avoir lu les affaires et étudié les arguments, il était sûr de ce qu’il avançait. Mais il avait tort. Parce que les avocats ont beau être très bons et très brillants ; ce qu’ils ne prennent pas en compte, c’est l’intrusion de la politique dans les textes de loi ; ce qu’ils ne prennent pas en compte, c’est la personnification des lois ; ce qu’ils ne prennent pas en compte c’est le pouvoir qu’a une loi de se transformer comme un caméléon.
Et beaucoup de gens très bien informés, voire radicaux, ou même révolutionnaires, pendant un moment, pendant un instant se sont dit que c’était bon ; parce que, ce qu’ils ont lu, vu ou entendu pendant les audiences leur ont fait croire que ça ferait la différence. Et bien, on a vu que ça n’a pas été le cas, n’est pas ?
Je ne vais pas dire aux gens comment ils doivent s’organiser. Ils savent comment faire. Ils doivent faire confiance à leur propre intuition. Je crois en eux. J’ai toujours cru en eux, et-ce depuis que je suis adolescent. Les gens ne te laissent pas parterre, ils font ce qui est juste parce qu’ils savent dans leur cœur ce qui est juste. Et je leur dis encore merci.
J’ai fait une chronique, hier sur la manière dont parfois on oublie notre Histoire. L’Histoire de tribunaux rangés du côté de la répression ; rangés non pas du côté de la liberté, mais aux côtés de l’esclavage. C’est ce dont il s’agit littéralement avec l’affaire Dred Scott. C’est ce dont il s’agit avec l’affaire Plessy vs. Furgeson.
Certains continuent de croire que l’affaire Brown vs. The Board of Education a tout changé. En fait, ça n’a changé que certaines choses pour certaines gens. Si pour toi ça va, que tes parents sont avocats, médecins, professeurs ou quelque chose dans le genre, ça va, tu as toujours quelques problèmes mais ça va. Tu as assez de ressources pour prendre soin de ta famille et faire ce qu’il faut pour avoir un très bon niveau de vie – chose que tes grands-parents ne pouvaient même pas espérer. Mais si tu es Noir et pauvre dans cette société, les choses n’ont pas réellement changé pour toi, et même, en fait, ont empiré. On parle là de Brown vs. Board of Education, décidé en 1955 ou 1953, qui a mit fin à la ségrégation dans les textes de loi Etatsuniens. Mais dans les années 60 j’étais scolarisé dans un lycée pour Noirs, pratiquant la ségrégation. Et j’ai dû attendre les cours d’été et l’université pour vivre enfin une réelle intégration. Et aujourd’hui, ces mêmes écoles que j’ai fréquentées, gamin, sont pratiquement les mêmes pour des gamins de l’âge de mes petits-enfants, ou des adolescents. La ségrégation dans les textes de loi est une chose ; la ségrégation dans la vie réelle en est une autre. Donc il faut nous souvenir de ce que l’on sait déjà, et agir en conséquence.  Comme disait Frederick Douglas, le pouvoir n’accorde rien sans qu’on ne l’exige.
Fred Hampton Jr : Toi ainsi que d’autres forces avez déclaré ça à de nombreuses occasions. Aimerais-tu dire quelque chose à propos de ce que l’affaire Munia Abu-Jamal représente, et pourquoi tous les rappeurs se font réprimander à chaque fois qu’ils parlent de toi dans des vidéos, dans certains médias ? Pourquoi le Gouverneur de Californie, quand il a refusé d’accorder la grâce à Stanley « Tookie » Williams, l’a justifié par le fait que Tookie Williams s’apparentait fortement à Field Marshal George Jackson et toi Mumia Abu Jamal ? Qu’est ce que c’est ? Tu représentes un symbole ?
Mumia Abu-Jamal : Je pense que pour beaucoup de personnes, surtout des personnes assises et établies, je représente leur pire cauchemar en quelque sorte. Pour beaucoup de gens qui ne savent pas, qui n’ont pas vécu…

        VOIX : Cet appel est émis depuis l’institution correctionnelle de Greene et est sujet à des enregistrements et des écoutes.

Mumia Abu-Jamal : … dans cette période et qui ne connaissent pas le Parti des Panthères Noires, ni le Mouvement de Libération Noir. Ils connaissent peut être, vite fait, les mouvements pour les droits civiques, mais pensent que tout brille, tout est bien à présent. Ceux qui le vivent, eux le savent de toute façon, ils savent que la vie d’une personne Noire dans le ghetto ou la vie d’un Hispanique dans le Barrio est un enfer absolu. Ils se battent encore pour obtenir leurs 15 hectares et leurs 2 mules [promis au terme de leur esclavage officiel] parce qu’ils n’ont rien d’autre. Et en plus, maintenant au-dessus de ça s’ajoute le mépris de la Bourgeoisie noire mariée au mépris de la classe politique. Mais eux ont peur…

            VOIX :   vous reste 60 secondes

Mumia Abu-Jamal : Ils ont peur que la révolution noire s'enflamme à nouveau, tu vois. C’est pour cela que nous avons de telles politiques, des politiques de soumission où les Noirs s’excusent quand les prêtres noirs le leur demandent. Les églises qui étaient un des seuls lieux où les Hommes pouvaient parler de liberté et confronter la vérité au pouvoir. Maintenant, tout doit être politiquement édulcoré, afin que les gens de l’extérieur – ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans une église noire - puissent dicter…

    VOIX : Il vous reste 30 secondes

Mumia Abu-Jamal : … ce que les Noirs doivent écouter : de la folie. On a MOVE
Fred Hampton Jr : On a MOVE. Si tu entends un grand bruit à l’extérieur, c’est que des gens à-travers le monde, depuis la Scandinavie jusqu’à l’Afrique, dans des langues étrangères font savoir qu’ils veulent libérer Mumia, libérer tous les autres.
Mumia Abu-Jamal : Donne leur mon amour et dis leur : On a MOVE !
Fred Hampton Jr: On a MOVE !
Mumia Abu-Jamal: Merci à tous!
Fred Hampton Jr : Merci

Traduction artisanale et modeste : Yannick Sanchez, Réseau Transpyrénéen Mumia Libre

    Arrêt Dread Scott (1856) – Dread Scott était un esclave noir dont le propriétaire résidait au Missouri, Etat esclavagiste. Ce propriétaire, le docteur Emerson, l’emmena dans des Etats où l’esclavage était interdit. De retour au Missouri, Dread Scott a revendiqué sa liberté mais la Cour suprême a refusé de reconnaître à Dread Scott le statut de citoyen et donc le droit d’ester en justice (En direct du couloir de la mort - Mumia Abu-Jamal Ed. La Découverte, 1996 – page 52)
En rendant cet arrêt dans les dernières années avant la guerre de Sécession, la Cour prend fermement position en faveur de l'esclavage, déclarant, d'une part, qu'un Noir, même libre, ne peut être citoyen des États-Unis, d'autre part que, dans les territoires des États-Unis qui, à l'époque, ne sont pas encore des États et sont administrés par le gouvernement fédéral, ce dernier ne peut y interdire l'esclavage. C'est certainement aujourd'hui l'arrêt de la Cour suprême le plus unanimement réprouvé, et il entache gravement la réputation par ailleurs honorable de la Cour Taney
(
http://fr.wikipedia.org/wiki/Scott_v._Sandford)

    Brown et Al. v. Board of Education of Topeka et Al. (Brown et autres contre le bureau de l'éducation de Topeka et autres) est un arrêt de la Cour suprême des États-Unis, rendu le 17 mai 1954 (arrêt 347 U.S. 483). Il est en général appelé simplement Brown v. Board of Education (Brown contre bureau de l'éducation). Il déclare la ségrégation raciale inconstitutionnelle dans les écoles publiques. Un arrêt complémentaire est rendu dans la même affaire le 31 mai 1955 (349 U.S. 294), et les deux arrêts sont aussi dits Brown I et Brown II. L'arrêt est sans doute la plus importante des décisions de la Cour Warren. Si techniquement, la décision Brown s'applique seulement au système d'éducation publique des États, l'arrêt Bolling v. Sharpe 349 U.S. 497 (1954), moins connu, est rendu le même jour et étend l'obligation au gouvernement fédéral.
(http://fr.wikipedia.org/wiki/Brown_v._Board_of_Education)


comité de soutien à Mumia Abu-Jamal - Marseille
tel/fax : 04 91 42 98 47
mumia.marseille@free.fr
http://mumialibre.over-blog.com/
publié dans : USA
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