Tôt ce matin, nous partimes 5 du café de la Joliette et nous fûmes 50, à 10h en arrivant au port...
A 5, nous avons distribué inlassablement le tract explicant le sort réservé aux sans papiers, aux conducteurs des véhicules partant pour la Tunisie.
Beaucoup semblaient peu au courant, pensant la plupart du temps qu'on expulsait que des personnes qui avaient commis un délit. Ils nous écoutaient plus ou moins incrédules mais tous
prenaient le tract et disaient qu'ils feraient quelque chose. Une personne nous a donné 10 € pour la cause. La police nationale est venue vers 7h et nous a demandé de présenter nos papiers. Nous
avions convenu de dire que "nous n'en avions pas"! Pas parce que nous n'en avions pas mais pour refuser le rapport d'intimidation qu'ils souhaitaient instaurer et aussi pour dénoncer le
projet qu'ils avaient de nous réduire à quelques mots écrits sur un carton. Ils ont demandé qu'on leur dise notre identité, nous avons refusé affirmant que nous avions le droit de distribuer des tracts sur la voie publique, à moins
qu'une loi soit passée dans la nuit dont nous n'avions pas connaissance. Ils ont reconnu que "c'étaitpas graveetqu'ilsallaientenréféreràleurchef". Ce qu'ils ont fait pendant que la caméra sur le
toit de la voiture continuait de tourner. Nous avons repris notre diff et eux sont finalement partis. Puis régulièrement toutes les heures, une voiture banalisée venait nous compter de
loin.
Vers 10h, nous avons rejoint le groupe du "départ passagers" qui lui aussi diffait depuis un bon moment: nous étions 50. Aucune caméra, ni journaliste, ni élu politique ou syndical n'étaient présents, juste de simples militants, femmes et hommes de 20 à 60 ans entourant la
famille Ezzair. La porte du port, la même que Mme Kessaci avait courageusement franchi le 1er mai de l'année dernière afin de retrouver son mari qu'on tentait d'expulser par
la force, était gardée par 3 vigiles. Nous avons continué à diffuser l'information auprès des passagers jusqu'au moment où cela ne suffisait plus. Profitant du fait qu'un copain distraiait le
vigile qui semblait le plus féroce, j'ai passé la porte en me mettant à courir. C'est alors que j'ai entendu la course du vigile dans mon dos me hurlant de m'arrêter, qu'il allait me plier en 2,
m'écraser, me mettre à terre... Il a eu vite fait de me rattraper, ayant une trentaine d'années de moins que moi, il m'a barré le passage: je me suis arrêtée levant les bras en signe d'apaisement
et il a déversé un flot violent de paroles tout en me repoussant physiquement sur les bras. Et il hurlait, hurlait, je parlais calmement, l'objectif inconscient étant que ce flot de violences se
tarisse de lui-même. L'effet a été qu'il ne me repoussait plus et que j'avais gagné le temps nécesaire pour que les copains me rejoignent. Je me suis retournée une trentaine de personnes étaient
passées et avançaient vers nous. Ayant pris conscience du nombre que nous étions face à eux 3, ils ont baissé les bras nous menaçant de la venue des CRS. Nous avons filé en direction du
bateau, avons accéléré au passage de la douane et nous nous sommes retrouvés au bas du bateau tunisien ,"le Habib", au même endroit que le 1er mai 2007! Quatre d'entre nous ont couru à l'intérieur du bateau et là, une nouvelle vague de violence nous attendait: les marins cherchaient à nous repousser par la
force, nous criant que "nous n'avions pas le droit". Nous avons à nouveau parler et résister physiquement: ils ont abandonné. Ils ont remonté la porte du bateau pendant que les copains de l'autre
côté scandaient :" Non, non aux expulsions! ", ayant déroulé la banderole de RESF. Une fois la porte levée, le ton a changé: on a pu s'expliquer calmement, certains sont venus nous serrer la main et nous féliciter. Nous leur avons demandé de l'eau. Ils nous ont demandé nos badges RESF. Le commandant du Habib, Mr Ben Chedly Brahim est venu nous parler nous assurant qu'il faisait tout depuis ce matin pour que la situaton médicale de Mr Ezzair
soit prise en compte mais qu'il n'avait pas réussi. Puis qu'il avait eu la promesse du consul tunisien de différer l'expulsion, en raison de notre mobilisation et de l'état de santé de Mr Ezzair,
et que le consul rencontrerait demain mr Ezzair. Nous lui avons demandé ses coordonnées: il nous a donné un numéro de téléphone. Le responsable de la compagnie tunisienne de navigation nous
a également rencontré, répétant que les choses étant règlées. Puis la police française est arrivée sur le bateau, forcémment à la demande du commandant, nous avons cherché à gagner du temps mais nous avions l'assurance
qu'ils n'avaient pas embarqué le père de famille, que les copains avaient vu amener en voiture policière au pied du bateau puis repartir. Nous avons retrouvé les copains qui avaient été rejoints par une bonne dizaine de marins CGT venus prêter main forte et sommes restés devant le bateau, malgré
les pressions policières et de l'armée venue en renfort, attendant et exigeant que la famille, qui était avec nous, recoive un coup de fil de Mr Ezzair en personne confirmant les dire des uns et
des autres. Puis nous sommes partis comme nous étions venus , juste escortés par une dizaine de policiers de la PAF.
J'en retire, entre autres choses, que la violence que nous avons rencontrée est motivée par la peur que j'ai lue dans les yeux du vigile, des marins tunisiens:
peur de la transgression des règles et des lois imposées. Le commandant, le responsable de la compagnie, les flics, l'armée ne criaient pas, ne nous ont pas bousculé: ils étaient dans la
négociation. Une fois le relais passé aux autorités pour la gestion du conflit, les marins discutaient, plaisantaient avec nous, heureux avec nous de voir que c'était possible et que pour autant
le ciel ne nous était pas tombé sur la tête.
Ainsi, pierre par pierre et mur par mur, nous détruirons toutes leurs prisons. Christine
source :Resf13-info@rezo.net
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