Samedi 27 octobre 2007

 
Marie NASSIF-DEBS
Beyrouth, le 24 octobre 2007
 

 
 
 
 
 
Y a-t-il possibilité de parvenir à un consensus entre le  rassemblement dit du « 8 mars » et celui dit du « 14 mars » ou bien la situation au Liban se dirige implacablement vers l’escalade et la déflagration ?
 
Depuis quelque temps, les Libanais effeuillent les marguerites… Une tempérance, même minime, dans les propos émis par les antagonistes en présence leur donne une dose d’espérance qu’ils perdent aussitôt qu’ils écoutent d’autres propos comportant une certaine violence verbale.
 
Le pire est toujours à craindre, donc. Malgré l’optimisme de Bernard Kouchner, lors de sa dernière visite à Beyrouth, durant laquelle il a dansé la « dabké »(1)  avant d’appeler les députés libanais à respecter l’échéance des présidentielles.
 
Le pire est toujours à craindre. Parce que le Liban a perdu toute autonomie.
 
Ce ne sont pas ses dirigeants, élus selon une loi faite, à leur mesure, par le tuteur syrien de l’époque, le colonel Ghazi Kanaan (mort, depuis), qui décident ce qu’il faut faire dans leur pays ou de leur pays. Les décideurs sont les grandes puissances internationales ou les puissances régionales qui s’entrecroisent, tantôt, et tantôt s’entretuent.
 
Ainsi, durant les trois semaines passées, nous avons eu droit à des déclarations successives de George Bush, Dick Chenny, Condoleeza Rice et d’autres encore, lors des visites des leaders politiques libanais de la majorité à Washington, stigmatisant l’immixtion syrienne dans les affaires intérieures de notre pays et oubliant toutes les violations israéliennes contre notre territoire national.
 
Nous avons eu droit, également, à une visite du représentant du ministère de la défense étasunienne, Eric Edelmann, venu, au nom de son ministre, « poursuivre la mission commencée par le chef des armées, l’amiral Falon » et concernant « la coopération entre les Etats-Unis et le Liban pour une nouvelle stratégie militaire ». De plus, nous reçûmes successivement les trois ministres des affaires étrangères de la France, du Portugal et de l’Italie, en même temps que celui de la Turquie (venu en médiateur entre le Liban et la Syrie). Et, nous attendons, dans les prochains jours, des émissaires haut placés des pays arabes dont, en premier lieu, le ministre égyptien des affaires étrangères.
 
Tous veulent « aider » le Liban à sortir de l’impasse des élections présidentielles et empêcher une nouvelle guerre fratricide dont l’ombre épaisse enveloppe le Liban et qui se profile dans les milliers de nouveaux jeunes miliciens armés enrôlés par les deux camps opposés.
 
Caricature que tout cela ? Ce n’est, malheureusement, que la pure vérité.
 
La situation politique et économique du Liban est, désormais, et plus qu’à aucun autre moment de son histoire moderne, étroitement liée à la volonté de l’administration étasunienne, présidée par George Bush et appuyée par Israël et quelques régimes arabes dits « tempérés » (tels que l’Arabie saoudite, l’Egypte et la Jordanie), mais aussi, en partie, à celle de la Syrie et de l’Iran.
 
L’enjeu : la deuxième étape du projet du « Nouveau Moyen Orient » que les Etats-Unis, toutes tendances confondues, ont entrepris en Irak et dont ils veulent poursuivre la réalisation au Liban et en Palestine, et ce afin de mettre la région pétrolière et méditerranéenne arabe sous leur coupe, ce qui leur permettra d’avancer, d’une part, en direction de la Caspienne et de contrôler, ainsi, à eux seuls, les 75% des sources d’énergie dans le monde. Sans oublier, d’autre part, le contrôle des voies de transport et des prix de cette énergie.
 
En quoi consiste le « Nouveau Moyen Orient » par rapport au Liban?
 
Comme en Irak, où le Parti démocratique étasunien a pris la décision (non obligatoire) de diviser le pays en trois Etats(2), il est prévu (dit-on) que le Liban sera divisé en trois cantons : un canton druze et maronite (correspondant aux limites du « Petit Liban », créé en 1920 par les Français), un autre, chiite, dans la Békaa et un troisième, sunnite, au Nord du pays. La partie frontalière sud sera un prolongement du premier canton qui fera une petite place aux 350 000 Palestiniens dont Israël refuse le droit au retour(3), mais loin des frontières…
 
Un rôle de propagandiste échut à la Suisse qui, par le truchement de son ambassade à Beyrouth, est sortie de sa neutralité coutumière et a invité, il y a une quinzaine de jours, un groupe d’intellectuels libanais afin de leur expliquer les avantages du système fédéral appliqué chez elle, comme si le Liban était formé d’ethnies et de nationalités différentes qui ne parlent pas la même langue et n’avaient pas, au départ, une histoire commune…
 
Et, tandis que les élections présidentielles sont reportées au lundi 12 novembre (en principe), à cause du sommet Bush-Sarkozy sur le Liban, mais aussi de la conférence (arabe) sur l’Irak, la valse des rencontres entre des leaders de « la majorité » et de « l’opposition » vient de commencer, afin de faire en sorte que l’échéance des présidentielles puisse se dérouler dans le calme. Cependant, les appréhensions restent très fortes, surtout que certains voient dans les accusations lancées par Walid Joumblatt contre le Hezbollah(4) (et qui ont, à nouveau, envenimé le climat politique) une tentative de la part de Washington d’acculer la Syrie au pied du mur, non au Liban mais en ce qui concerne la situation explosive en Irak.
 
En d’autres termes : ni Washington ni Damas ne sont pressés de faciliter la recherche d’une solution avant d’avoir résolu les quelques grands points qui les opposent l’un à l’autre. D’où le Liban restera ballotté par les vents contraires jusqu’aux dix derniers jours de l’échéance présidentielle, c’est-à-dire jusqu’au 24 novembre. Parce que le problème de choisir un président de la République n’est pas le seul point inextricable ; il y a aussi la phase politique ultérieure : Qu’en sera-t-il de la composition du gouvernement et qui en sera le chef ?
 
Fouad Sanioura (candidat étasunien par excellence) restera-t-il à son poste ou bien il y aura, là aussi, un candidat de consensus ? Qu’adviendra- t-il de la résolution 1559 concernant les armes du Hezbollah ? Quelle sera l’attitude de l’ONU à propos du refus d’Israël d’admettre que les fermes de Chebaa sont terres libanaises et quelle position prendront les troupes de la FINUL vis-à-vis des violations israéliennes de la résolution 1701 ?
 
Beaucoup de questions difficiles que se posent les citoyens d’un pays qui a perdu les derniers aspects de souveraineté qui lui restaient.
 
Seule une conférence des partis et forces politiques à l’échelle nationale pourra, peut-être le sauver (momentanément) . Une conférence qui aura pour ordre du jour de stabiliser la paix civile et de discuter des réformes politiques nécessaires à court terme pour remettre le Liban sur pied.
 
Les Etats-Unis et leurs alliés (dont la France) laisseront-ils faire ou bien les enjeux pétroliers primeront et on subira, une fois de plus, les conséquences sanglantes d’une politique aveugle dont le seul mot d’ordre est : la fuite en avant pour sortir de l’impasse.
 
 
 
Marie NASSIF-DEBS
Beyrouth, le 24 octobre 2007
 
http://www.aloufok. net/article. php3?id_article= 4237
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Vendredi 26 octobre 2007
Les derniers évènements vont ouvrir les yeux aux innocents qui s’étaient réjouis du départ de l’armée syrienne du Liban.
En effet, après l’échec de la nouvelle invasion du pays tentée par Israël en Juillet 2006, on passe aux choses sérieuses et l’armée US va reprendre pied dans le pays.

Les médias libanais confirment en effet la prochaine installation de l’armée US dans le Nord du pays.
Cette décision, prise par l’Amiral FALLON, commandant du CENTCOM – commandement US pour l’Europe et le Moyen-Orient – fait suite à des visites conduites sur le terrain au printemps 2007 par des officiers généraux US et turcs. (Elle semble également éclairer la position de l’Amiral FALLON qui ne veut pas d’attaque contre l’Iran, au moins tant qu’il n’est pas prêt.)

Il s’agit d’une installation lourde, en l’occurrence  une base aérienne.
Elle sera située à KEIAT  en bord de mer à quelques kilomètres de la frontière syrienne. Emplacement remarquable pour contrôler tout l’espace entre la frontière turque et la frontière israélienne. De plus, si les actuelles tensions entre ANKARA et WASHINGTON  devaient rendre difficile l’utilisation par l’US AIR FORCE de la base turque de DIYARBAKIR, la base de KEIAT pourrait être utilisée à sa place pour lancer, par-dessus la Syrie, des raids  sur le Nord Irak ou sur le Nord Iran.

Il s’agit  du grand retour de l’armée US sur le sol libanais après son départ en 1984. Celui-ci  fit suite à l’attentat suicide qui, le 23 Octobre 1983, avait coûté la vie à 241  marines US dans leur caserne de Beyrouth. Le même jour  56 soldats français perdaient la vie dans un second attentat à quelques kilomètres du précédent. Ces attentats, attribués au Hezbollah qui ne les a jamais revendiqués, a été  considéré par VICTOR et HOY OSTROVSKI dans leur livre « BY WAY OF DECEPTION » (St Martins Press 1990)  comme une opération montée par le Mossad et correspondant à une volonté du gouvernement israélien de chasser  les troupes US et françaises du Liban où elles se  trouvaient  en réponse au massacre de Sabra et Chatila (Septembre 1982) et pour permettre le départ de l’OLP vers Tunis. 

Il faut l’interpréter comme une reprise en gestion directe de la guerre du Proche-Orient par l’armée US et comme un terme mis au recours au sous-traitant israélien  dont les dernières performances militaires  n’ont pas été convaincantes, malgré les flots de dollars investis.

Cette reprise en mains est la conséquence du retour sur la scène diplomatico-militaire internationale de la Russie qui fournit du matériel militaire à la Syrie et entretient avec la Turquie des relations de plus en plus confiantes.



Cette décision de stratégie militaire régionale a aussi des incidences locales :

- le chantier d’aménagement de la base  - il s’agit pour l’instant d’un simple aérodrome  qu’il va falloir transformer en forteresse – ne saurait échapper au principal groupe de travaux publics au Liban : le groupe HARIRI. Les bons esprits qui font métier de lutter contre le blanchiment d’argent et contre le financement du terrorisme n’iront certainement pas regarder dans les comptes du groupe HARIRI pour voir si les travaux de KEIAT sont surfacturés : il n’y aura ni appel d’offres, ni audit .....

- la base de KEIAT est à une dizaine de kilomètres au nord du camp palestinien de NAHR EL BARED  d’où il sera possible de suivre à l’œil nu tous les mouvements d’avion. Les militaires US auraient bien aimé que ce regard indiscret – la direction du camp passe pour très prosyrienne – soit supprimé. Malgré l’opération menée par le groupe mal connu : FATAH AL ISLAM ayant conduit à sa destruction partielle le camp demeure parce que les réfugiés n’ont pas d’autre endroit où aller. A moins qu’avec les superbénéfices qu’il fera à KEIAT le groupe HARIRI ne fasse un geste « humanitaire » pour les reloger à bonne distance des bombardiers et des aviateurs US.
Source : Comaguer  comaguer@nomade.fr

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Mercredi 27 juin 2007

Le projet étasunien, préparé pour la région arabe, continue à frapper à la porte de ses Etats, l’un à la suite de l’autre, tantôt sous le nom du « Grand Moyen Orient », qui porte le manteau de la démocratie, coloré par les appels au changement des structures politiques du passé, tantôt sous le nom du « Moyen Orient nouveau » qui adopte la « tempérance », à travers le rassemblement de quelques régimes présidentiels (mais à caractère militaire) ou monarchiques arabes, afin de mettre fin à toutes les formes de résistance et d’entrer de plain pied dans l’ère mondiale nouvelle où la lutte arabo-israélienne n’a plus de mise…

Et, tandis que le vent de la discorde passe de l’Irak en Palestine et au Liban, soufflant à travers les divisions et les combats confessionnels ou partisans, des dizaines de victimes tombent, chaque jour, emportés par les objectifs du projet précité ; et le terrorisme progresse, prenant de nouvelles formes qui rappellent à s’y méprendre un autre terrorisme, celui qui fut pratiqué, durant la première moitié du siècle dernier,  par les sionistes en Palestine: des groupes armés, à nouvelles consonances, sont créés tandis que d’autres sont renouvelés… Tous, sur des bases militaires et financières solides. Quant à l’appui, il leur vient, directement ou indirectement, de Washington et de Tel Aviv, en premier lieu, mais aussi de certains régimes qui entourent l’Irak et le Liban et dont les dirigeants ne savent pas, dirait-on, qu’ils se jettent dans la gueule du loup en soutenant ces terroristes qui ne manqueraient pas, à la première occasion, de se retourner contre eux. D’ailleurs, la radicalité du projet de ces groupes terroristes les rapproche du projet américain pour la région, avec lequel ils s’étaient déjà entrecoupés, durant les années quatre-vingts du vingtième siècle, quand il s’est agi de détruire la force de l’ex Union soviétique et d’imploser la région des Balkans. Ce qui veut dire que les deux projets peuvent se trouver de nouveaux points communs et que ce est dit, chaque jour, à propos de l’aide présentée à ces groupes par les Ultras de l’administration de Georges W. Bush, les « Born again Christians », représentés par le vice-président étasunien Dick Chenney, ne relève pas de la simple rumeur visant à nuire à l’image de l’oncle Sam…

 

Le projet étasunien :

Piétinement ou changement de cap ?

Deux questions s’imposent, ici : le projet étasunien pour la région arabe a-t-il échoué? Piétine-t-il ou bien les changements introduits ne sont pas fondamentaux et relèvent seulement de la manière utilisée pour l’exécution, et non des objectifs fixés ?

Certains voient que ce projet a échoué dans la réalisation des objectifs qui lui furent fixés, puisque les projets de changements politiques, c’est-à-dire le renouvellement de certaines formes archaïques du pouvoir (comme en Arabie Saoudite) grâce à de nouvelles équipes formées à « l’occidentale », piétinent. Ce piétinement, poursuivent-ils, a obligé les Etats-Unis à en changer, à diverses reprises, la forme et le contenu ; ce qui veut dire que le projet du « Nouveau Moyen Orient » est différent de celui qui parlait du « Moyen Orient élargi » et, avant cela, du « Grand Moyen Orient ».

Et pour appuyer leurs dires, ils appellent à leur secours un groupe de raisons, tous réels, et de manifestations, dont :

1. Le projet a, d’une part, échoué sous les coups de la Résistance au Liban, à asseoir le rôle de dirigeant qui y était échu à Israël et qui se résumait dans la direction de cette région après une période de normalisation des relations avec les régimes arabes… Israël, aujourd’hui, surtout à la suite de l’échec de son agression de juillet-août 2006, est au plus bas : le rapport du juge Vinograd exprime clairement que la société israélienne est très perturbée, vu l’incapacité de ses gouverneurs à la défendre.

2.Le projet a, d’autre part, échoué en Irak , après avoir reçu des coups mortels en Afghanistan, et le coût payé devient de plus en plus grand, tant en vies humaines (plus de cent morts et beaucoup de blessés et d’handicapés) que sur les plans financier et politique.

3. L’échec du projet se voit, surtout, au sein de l’administration étasunienne, surtout à la suite de l’échec cuisant au Congress et les appels, devenus de plus en plus pressants, visant à mettre un agenda pour le retrait des troupes de la « coalition » hors d’Irak, tel que le préconise le rapport Baker-Hamilton.

4. L’échec se voit, enfin, dans les propositions contenues dans le rapport Baker-Hamilton et concernant la nécessité de négocier avec la Syrie et l’Iran (après que les Etats-Unis aient reculé le projet d’un coup porté à ce pays). A cela s’ajoute la remise en question de la politique que la Maison blanche applique dans la région du Golfe arabique, en général, et vis-à-vis des tentatives turques dans la région du Kurdistan irakien.

Toutes ces données sont réelles et importantes, il est vrai. Cependant, elles ne montrent qu’une partie de l’image ; de même, elles ne font  pas cas de certains phénomènes essentiels.

 

Les projets étasuniens… et le terrorisme

En effet, ces raisons ne prennent pas en considération une caractéristique qui marqua la politique étasunienne depuis la période dite de « la guerre froide » et jusqu’à nos jours (période dite de guerre contre le « terrorisme », dans lequel les Etats-Unis incluent les Résistances nées contre l’immixtion de Washington dans le monde et le Terrorisme qu’il a créé) : le pragmatisme en politique. Ce qui veut dire que les plans, mis au point pour réaliser les projets, ne sont pas rigides ; bien au contraire, ils sont changés en fonction de la nécessité du moment…

Sur cette base, nous devrions dire que les Etats-Unis n’ont pas présenté trois projets pour le seul Moyen Orient, mais un seul, et que ce projet n’a pas commencé dans les années quatre-vingt-dix, mais, plutôt, dans les années soixante-dix, puisque sa première copie détaillée fut présentée par Henry Kissinger, le Secrétaire d’Etat étasunien du moment.

Ce projet se résume dans la nécessité d’émietter la région arabe en mini Etats confessionnelles (entendre : sunnites et chiites) et ethniques qui se font la guerre entre eux et qui ont, tous, besoin de la protection de la Grande puissance qui régit la Planète. Il est vrai qu’Israël n’a pas pu réaliser les performances qui lui étaient demandées et que les troupes de Washington ont dû intervenir directement, mais le projet n’a pas subi des changements, seule la manière de le réaliser a changé… jusqu’à maintenant, puisqu’il est dit que les troupes étasuniennes auraient les seules régions pétrolières à protéger tandis qu’elles cèderaient graduellement la tâche de la sécurité dans le reste de l’Irak aux autochtones, après leur avoir pourvu l’entraînement et les armes nécessaires (ce qui ne veut pas dire que ces autochtones feraient mieux là où Israël avait échoué). Donc, ce que visent les Etats-Unis, c’est le retour à la « vietnamisation », mais une « vietnamisation » modifiée, à partir de l’expérience déjà vécue et de la situation du moment.

Et, tandis que ce projet est mis à feu doux, que le pétrole du Golfe arabique, dont celui de l’Irak, est exploité à outrance et qu’on prépare la mainmise de Washington sur la région « pétrolière » du Darfour soudanais, la région arabe est émiettée, à l’exemple des Balkans, le mouvement de libération arabe fait ce qu’il peut pour contrecarrer la politique étasunienne, mais il n’est pas encore assez fort, après les déboires qu’il avait subis dans la dernière décennie du siècle passé.

 

« L’Irakisation » ou le sort réservé à la Palestine et au Liban ?

Tout cela nous amène à la nécessité de nous arrêter sur les points suivants :

1.Nous nous trouvons, aujourd’hui, au commencement de l’étape durant laquelle les Etats-Unis cherchent à légitimer l’émiettement de l’Irak en trois Etats dans lesquels, chaque jour, la lutte fratricide tue des dizaines de personnes, sans compter les blessés, et éloigne encore plus les chances d’un retour à l’unité. D’ailleurs, tout le monde mesure exactement les répercussions de cette lutte fratricide, de caractère confessionnel sunnite-chiite, non seulement sur l’Irak, mais sur la région arabe tout entière. Et, là, une question se pose : les Etats-Unis cherchent-ils à imploser toute la région du Golfe arabique, dont l’Arabie saoudite, anticipant ainsi sur la possibilité que les mouvements « salafistes » fondamentalistes (qu’ils avaient, eux-mêmes, formés pour faire face au communisme) ne mettent la main sur le gouvernement de ce pays et, par suite, sur les sources d’énergie que son sol recèle ?

2. La scission, très dangereuse, de la Palestine en deux parties dirigées par deux gouvernements et les événements sanglants qui avaient précédé cette scission ne présagent que des malheurs, surtout que l’aviation israélienne poursuit ses « missions » meurtrières dans les deux régions et que le « mur» s’étend et dans tous les sens, dessinant les nouvelles frontières de « l’Etat d’Israël ». Sans oublier le retour au projet formé par Ariel Sharon et basé sur le « transfert » de quelques 300 000 familles palestiniennes vers la Jordanie qui deviendra un Etat confédéral jordano-palestinien et dont les frontières, comme celles de la Palestine occupée, resteraient fermées à un possible retour des réfugiés disséminés dans les pays arabes voisins, dont le Liban qui accueille, actuellement, à lui seul quelques 370 000 réfugiés.

3. Quant au Liban, les derniers événements sanglants qui se déroulent toujours au camp palestinien de Nahr El-Bared (au nord du pays) ont montré clairement l’avance prise par le projet terroriste étasunien qui se recoupe, comme nous l’avons déjà précisé, avec le projet « salafiste ». Et ce qui est le plus inquiétant, c’est l’éclosion de dizaines de groupes armés qui gagnent de plus en plus de terrain à l’intérieur des camps palestiniens au Liban et qui jouent de plus en plus un rôle ouvert dont l’influence sur la situation intérieure libanaise ne présage rien de bon. En même temps, les Etats-Unis augmentent leurs pressions, tant à travers les délégués nombreux qui ont presque élu domicile chez nous que par les ingérences de l’ambassadeur Jeffry Fieltman. Et tout cela laisse des empreintes indélébiles sur la situation politique ainsi que sur l’économie.

4. Les discussions vont bon train sur la question de la présidence de la République et la possibilité d’avoir recours, une fois de plus, à la création de « deux gouvernements », comme entre 1988 et 1990, si les parties en présence ne s’entendent pas avant la date fatidique de septembre sur un nouveau président pour remplacer Emile Lahoud. Cette perspective suscite, surtout parmi les forces de gauche, beaucoup d’appréhension.

 

Comment faire face ?

Le Liban est confronté, une nouvelle fois, à une situation extrêmement dangereuse, à cause de la guerre des tranchées menée par le gouvernement et aussi par l’opposition qui ont ouvert les portes du pays aux vents des conflits internationaux et régionaux. Et cette situation vient de s’envenimer, plus encore, par l’explosion qui a tué six soldats espagnols de la FINUL.

Que doivent faire les Libanais, les masses libanaises s’entend ? Quelle initiative doivent-ils adopter ?

La seule manière de faire face à cette crise dangereuse en perspective réside, peut-être, dans les propositions émises, il y a plus d’un an, par les Parti Communiste libanais, à la suite du vote de la résolution 1559 par le Conseil de sécurité de l’ONU.

Les principaux points de cette initiative : la création d’un gouvernement de salut national dont le but sera de promulguer une nouvelle loi électorale, des élections anticipées suivies de l’élection d’un nouveau président de la République et de la création d’un gouvernement d’entente nationale sur la base de l’application des réformes prévues par l’Accord de Taëf, devenu partie intégrante de la Constitution libanaise.

                                                          

                                                                           Marie NASSIF-DEBS

                        

                                                                     (A partir d’un article écrit le 21/6/2007)

par Marie NASSIF-DEBS publié dans : Liban
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Dimanche 3 juin 2007
Communiqué final de la Rencontre de Beyrouth
 Sur " La Gauche arabe face à la mondialisation néolibérale "

 (Palais de l'UNESCO, 19-20 mai 2007)

 A l'occasion du vingtième anniversaire de la " Déclaration de Beyrouth " parue en 1987, à la suite de l'assassinat du penseur communiste Mehdi Amel, dans le but de renforcer la liberté de la parole et de la recherche scientifique dans le monde arabe, une rencontre de deux jours eut lieu, les 19 et 20 mai 2007, au Palais de l'UNESCO à Beyrouth.

 Cette rencontre fut préparée par le Parti Communiste libanais et le Centre culturel " Medi Amel ". Elle avait pour thème général : " La gauche arabe face à la mondialisation néolibérale ".

 Des délégations de partis communistes et de gauche arabes, ainsi que des groupes de chercheurs, d'intellectuels, de journalistes et de syndicalistes démocratiques et de gauche, venus d'Egypte, de Syrie, du Bahreïn, de Palestine, du Soudan et du Liban, ont participé à cette rencontre. Elles ont discuté les répercussions de la mondialisation néolibérale sur tous les plans, à partir des quatre axes suivants :

 Axe premier : Le Nouveau régime mondial : les horizon du projet néolibéral.
 Axe deuxième : Le mouvement de libération nationale arabe : Une rétrospective critique.
 Axe troisième : Le rôle de la gauche arabe dans le renouveau vers la libération et la démocratie.
 Axe quatrième : Les nouvelles formes d'action.

 Les participants étaient d'accord sur la nécessité de l'union entre toutes les forces opposées au projet agressif des Etats-Unis contre la région arabe, à commencer par l'Irak, mais aussi aux visées des Israéliens et à leurs agressions continues contre les peuples arabes, en particulier les peuples libanais et palestinien.

 Ils étaient d'accord également sur la nécessité de mettre au point un programme d'unification de la gauche arabe, accompagné d'actions et de rencontres communes et prévoyant des propositions concrètes sur tous les niveaux de la lutte.

 Ils ont appelé les forces de la gauche libanaise à accélérer leurs rencontres dans le but de trouver une solution nationale démocratique qui aurait pour effet de sortir le Liban hors du cercle de la violence confessionnelle et de constituer, par suite, un point de départ à la recherche des solutions convenables dans tous les pays arabes qui souffrent des divisions confessionnelles aiguës. Parce qu'une telle solution est la seule qui pourrait unifier les peuples arabes face à toutes les formes d'agression, de domination et de répression.

 Les participants à la Rencontre de Beyrouth ont décidé de publier un appel spécial en soutien aux penseurs et créateurs qui subissent l'oppression et la répression dans les différents pays arabes, en premier lieu : Michel Kilo, Aref Dalila, Marcel Khalifé, Kassem Haddad, Ahmad Abdel-Mooti Hijazi, Helmi Salem, et d'autres...

 Beyrouth, Palais de l'UNESCO
 20 mai 2007

par Résister publié dans : Liban
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Vendredi 25 mai 2007


JOURNAL : L’HUMANITE, 22/5/2007

Décryptage . Sous couvert de faire respecter la justice internationale, la partition jouée par les Occidentaux et leurs alliés dans la région envenime les tensions internes au Pays du cèdre.
Beyrouth,
envoyé spécial.


Depuis jeudi dernier, date du dépôt à l’ONU par les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne d’une résolution visant à assurer la mise sur pied d’un tribunal international pour juger les assassins de l’ex-premier ministre libanais, à Rafic Hariri, tout le monde savait, au Pays du cèdre, que les répercussions n’allaient pas tarder à se faire sentir. D’abord parce que cette question est particulièrement sensible au Liban. Elle est une des pommes de discordes entre les différentes organisations. La « majorité » est regroupée sous le sigle de « 14 mars » - c’est-à-dire le Mouvement du futur de la famille Hariri qui détient le poste de premier ministre en la personne de Fouad Siniora, des Forces libanaises de Samir Geagea, récemment sorti de prison pour son implication politique dans un certain nombre de massacres, et les phalanges de la famille Gemayel.
L’opposition, essentiellement le Hezbollah, Amal et le  Courant patriotique du général Aoun, se retrouve sous le vocable de « Mouvement du 8 mars ». Ces deux entités, un moment regroupées dans le cadre d’accords électoraux et même au sein du gouvernement, ont divorcé sous les coups de boutoirs d’intérêts divers : de classe, confessionnels, géopolitiques...
Aujourd’hui, le tribunal international, tel qu’il est amené, fait craindre un retour aux vieux démons du Liban, puisque pourraient être englobés des faits vieux de plus de vingt ans, et que la volonté de réconciliation nationale avait sinon amnistiés en tout cas politiquement prescrits.
à la mort
de Rafic Hariri
Dans ce qu’il faut bien appeler un grenouillage, les pays occidentaux - et singulièrement la France et les États-Unis - jouent une partition très particulière, écrite à la mort de Rafic Hariri, la cantate 1559, résolution de l’ONU jouée en deux temps : retrait des troupes syriennes du Liban (alors qu’elles étaient venues en 1986 avec l’aval des  Occidentaux), puis désarmement des factions armées - le Hezbollah et les groupes palestiniens. Celle-ci vise à isoler tout ce qui, sur la scène régionale, pourrait s’apparenter à une alliance avec la Syrie et l’Iran, accusés de tous les maux (d’où l’axe du mal si cher à George W. Bush). Le Hezbollah est donc visé, politiquement et confessionnellement. L’Arabie saoudite, sunnite dont les intérêts financiers au Liban sont patents, est toute désignée pour jouer le rôle de gendarme, voire de justicier. Cela d’autant plus que la situation créée en Irak, l’affrontement entre chiites et sunnites dans la région, dont beaucoup voudraient qu’il soit le nouveau paramètre d’appréciation, va créer une nouvelle dynamique pleine de danger pour les peuples du Moyen-Orient, et en premier lieu pour les Palestiniens.
C’est dans ce contexte d’affrontements et de tensions tous azimuts que s’est enclenchée la guerre du Liban à l’été 2006. Les plans israéliens étaient prêts. La défaite  inattendue en a modifié les conséquences. Le mouvement chiite de Hassan Nasrallah est sorti renforcé de la confrontation. Même dans les zones sunnites du Moyen-Orient on appréciait la performance du chef du Hezbollah. Un facteur aggravant pour Washington qui voit le spectre de Téhéran partout, mais aussi pour Riyad qui entend défendre ses intérêts.
C’est dans ce décor, aggravé par un blocage des institutions - la démission des ministres chiites laisse un gouvernement sans légitimité constitutionnelle, le Parlement ne se réunit plus et la succession du président de la République se pose sans réponse viable actuellement - que le Liban est soumis à tous les vents. Dès lors, il est facile de manipuler, de compter sur des médias internationaux, prompts à épouser la thèse dominante, et surtout de créer ou d’activer des groupuscules religieux.
yéménites,
du Bangladesh...
En Europe, on vient certainement de découvrir l’existence du Fatah al-Islam. En deux jours, ce  groupe islamique a tué près d’une trentaine de soldats libanais et, se trouvant dans un camp de réfugiés palestiniens, il a semé le trouble et le doute. Pratiquement aucun Palestinien n’est pourtant membre de Fatah al-Islam, comme vient de le montrer l’identité de ceux qui ont été abattus par les militaires libanais ces deux derniers jours. Ils sont yéménites, du Bangladesh et autres. L’ensemble des organisations palestiniennes ont dénoncé la supercherie de ce groupe. Hier, certains journaux libanais rappelaient d’ailleurs qu’au mois de février quatre membres de cette organisation ont été arrêtés et ont avoué être les instigateurs d’un attentat près de Beyrouth, dans une zone chrétienne. Pourtant les autorités n’ont rien fait pour l’éradiquer. De même, quand on sait la difficulté qu’il y a à entrer dans un camp de réfugiés palestiniens dont les accès sont contrôlés par l’armée, on peut se demander comment cela a pu se produire et qui avait intérêt à cette  implantation.
la tension
ne cesse de monter
Une partie de la réponse est donnée par le journaliste américain Seymour Hersh, connu pour ses révélations sur le dessous des cartes internationales, l’étendue de ses réseaux d’information et les secrets que lui dévoilent d’anciens agents de l’ombre, particulièrement des services de renseignements internationaux. Dans un article publie par le New Yorker en février 2007, Hersh montre ainsi que se met en place, sous l’égide de Dick Cheney, le vice-président des États-Unis, une stratégie de confrontation entre des islamistes sunnites et le Hezbollah au Liban. Un ancien espion des services britanniques, le fameux MI6 est cité. Alastair Crooke, c’est son nom, qui a créé un think tank (un club de réflexion), Conflicts Forum, explique que le gouvernement libanais favorise l’entrée sur son territoire de combattants de ce type. « Cela pourrait être très dangereux », dit-il. Il cite un de ces groupes extrémistes sunnites : le Fatah al-Islam qui s’est installé dans le camp de Nahr al-Bared. Ils étaient 200. « On m’a dit que dans les vingt-quatre heures des gens, se disant représentants des intérêts du gouvernement libanais, leur avaient fourni des armes et de l’argent pour s’en prendre au Hezbollah. »
Alors que, selon l’ambassadeur de France auprès de l’ONU, la résolution 15995 concernant le tribunal international pourrait être votée d’ici à la fin du mois, la tension monte chaque jour un peu plus au Liban, les préparatifs de guerre contre l’Iran se précisent et la bande de Gaza est à feu et à sang.
Pierre Barbancey

par Pierre Barbancey publié dans : Liban
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