Vendredi 9 mai 2008

par Pierre Beaudet

(8 mai 2008)

C’est un pays dont on entend jamais parler sauf quand il y a des escalades sur l’Everest. C’est un pays qui semble avoir été oublié par le temps. C’est un pays qui semble-t-il n’intéresse personne parce qu’il n’y a ni pétrole ni gaz. Mais pourtant dans ce pays se déroule sous nos yeux un « tremblement de terre » politique dont les répercussions dépassent de loin ses frontières.

Au Népal mais aussi en Inde du nord tout à côté, la pauvreté et l’exclusion dominent depuis des siècles. Les dominants agissent comme des seigneurs féodaux d’une époque révolue, avec pratiquement le droit de vie et de mort sur des gens qui ne sont certainement pas des « citoyens ». Aux dominations de classe et ethniques se superpose le terrible système de caste, qui perpétue des situations épouvantables de génération en génération. Dans les campagnes du Népal, la majorité de la population est composée de « basses castes » (paysans) et de « dalits (sans caste) considérée comme des sous-humains par une petite élite monarchique.

Mais depuis quelques années, ces non-humains ont décidé d’exister. Ils se sont révoltés. Ils se sont organisés. Ils ont gagné en influence. Au fil des ans, ils ont mis en place différents outils. Ils ont joué le jeu politique. Ils ont été refoulés. Ils se sont construits une petite « armée rouge », ridiculement faible sur le plan militaire, mais redoutable sur le plan social et politique. Et tout à coup, les pauvres ont pris conscience qu’ils étaient la majorité ! Puis, tout cela a débouché sur l’élection d’il y a quelques semaines. Les experts, les consultants, les ambassadeurs, les journalistes des médias de masse, les États-Unis et l’Inde et bien sûr l’élite politique du pays n’avaient jamais pensé à ce scénario « invraisemblable » : les Maoïstes se retrouvant loin devant toutes les autres formations politiques et en principe, à la veille de former un nouveau gouvernement.

Comment expliquer tout cela ? Bien sûr et par définition, les dominés se révoltent. Mais plus souvent qu’autrement, leur lutte est déjouée. Les dominants, utilisant la force et la manipulation, continuent de dominer. Quelque fois (rarement) se produit une exception. Comme les Maoïstes le démontrent au Népal (et d’autres dans le monde comme en Bolivie), il faut retisser le fil, coaliser des forces disparates, proposer un projet à la fois ambitieux et réaliste. Dans ce cas par exemple, les Maoïstes ont eu l’intelligence de regrouper la majorité autour d’un projet républicain, inclusif, qui tient compte des paysans, des dalits, des classes moyennes, des diverses minorités nationales bref, d’un peu tout le monde. La révolution dnt ils parlent consiste à promettre des écoles et des cliniques à des gens qui n’ont jamais vu cela. À remettre de l’ordre dans un pays dévasté par l’arbitraire et le délire. Et à briser le mépris et la violence institutionnelle qui sont au cœur du système en place.

Quelle est l’autre leçon du Népal ? Les dominants, quand ils sentent la soupe chauffer, n’hésitent pas à programmer des massacres. Le roi et sa clique militariste a tué allègrement et sans que personne ne s’en offusque dans ce qu’on appelle la « communauté internationale ». Le droit et la démocratie sont bafoués constamment par des élites qui savent être bien « branchées » sur les hyperpuissances. Il s’agit d’être du « bon côté » et on a tous les droits pour continuer de tuer en toute impunité des pauvres et des exclus. Mais parfois les dominés décident de pratiquer l’autodéfense. Dans les cercles bien pensants, ils sont automatiquement condamnés : ce sont des « terroristes » car ils osent répliquer à la violence des dominants. Les Maoïstes népalais, les résistants libanais et palestiniens, les mouvements de libération ici et là sont condamnés et condamnables pour avoir osé résister. La plupart du temps, cette diabolisation fonctionne et la violence des dominants, incroyablement plus sophistiquée et puissante, l’emporte. Mais encore là il y a des exceptions. Parfois les dominés réussissent à tenir bon. Et sans vaincre l’adversaire, à au moins le déstabiliser et le forcer à un compromis. Avant de condamner la « violence » sans considération au contexte, rappelez-vous comment Nelson Mandela et l’ANC ont finalement vaincu l’apartheid. Et bien c’était aussi (mais pas seulement) parce qu’une poignée de guérilléros a mis le régime au pied du mur. Ce n’est ni une recette ni une solution idéale, mais parfois, les dominés doivent résister. Franchement, je pense que tel est le cas au Népal, car sans leur petite armée rouge, les dominés seraient encore des « sous-humains ».

Maintenant qu’ils sont à la porte du pouvoir politique, il reste à voir comment les Maoïstes vont gérer cela. Ils doivent, et cela ne sera pas facile, faire face à un certain nombre de « vieux démons », dont une tendance à l’autoritarisme, au je-sais-tout-isme, voir au militarisme. Selon les organisations de droits humains qui ont couvert la sale guerre civile qui sévit depuis une dizaine d’années, la majorité des atrocités ont été commises par l’armée, mais les Maoïstes n’ont pas toujours été des anges non plus. Avec une partie du pouvoir dans les mains, certains pourraient être tentés –on a vu cela dans le passé- de tout accaparer. En tout cas pour le moment, ce n’est pas ce que leur chef Prachenda, « le redoutable » dit. Il répète au contraire sa volonté de mettre en place un gouvernement d’unité nationale en tendant la main aux autres partis qu’il a pourtant largement dépassé aux urnes. Disons donc que pour le moment, les Népalais ont décidé de donner la chance au coureur.

De l’autre côté, on peut s’attendre à des turbulences. Les dominants vont remettre cela, s’accrocher à leurs privilèges. Ou pire encore, avec l’aide des États-Unis et de l’Inde, fomenter des troubles et appuyer des groupes qui refusent le compromis. Comme en Bolivie où les réformes promues par le gouvernement d’Évo Morales, pourtant élu par une forte majorité des gens, sont bloquées par les latifundistes et les exploitations pétrolières qui menacent de faire sécession dans les régions les plus riches du pays. Cela prendra tout un miracle pour que les Népalais se faufilent dans tout cela, et face à une situation où 80% des gens, qui vivent dans la plus grande des pauvretés, veulent des changements MAINTENANT. On leur souhaite bonne chance ! Il serait prévisible que les mouvements intéressés par la dynamique de l’altermondialisme qui connaît de réelles avancées, en Amérique latine notamment, essaient de se comprendre ce qui se passe à l’ombre de l’Himalaya.

Source :Centre tricontinental

publié dans : Asie
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mercredi 9 avril 2008
publié le mardi 8 avril 2008

Uri Avnery - 5 avril 2008
 
Les médias du monde versent des larmes pour le peuple tibétain, dont le pays est volé par des colons chinois. Qui se préoccupe des Palestiniens, dont la terre est confisquée par nos colons ?
" He ! Bas les pattes ! Pas vous ! Vous !!! – la voix d’une jeune femme dans l’obscurité du cinéma, une vieille blague.

" He ! Hors du Tibet !" s’exclame le chœur international, "Mais pas de Tchétchénie ! Pas du Pays basque ! Et certainement pas de Palestine !" Et ça, ce n’est pas une blague.

COMME TOUT UN CHACUN, je soutiens le droit du peuple tibétain à l’indépendance, ou au moins à l’autonomie. Comme tout le monde, je condamne les exactions que le gouvernement chinois y commet. Mais contrairement aux autres, je ne suis pas prêt à me joindre aux manifestations

Pourquoi ? Parce que j’ai le sentiment désagréable qu’on me soumet à un lavage de cerveau, que tout cela est de l’hypocrisie.

Un peu de manipulation ne me dérange pas. Après tout, ce n’est pas par hasard que les révoltes ont commencé au Tibet la veille des Jeux olympiques à Pékin. C’est très bien. Un peuple qui se bat pour sa liberté a le droit d’utiliser chaque occasion qui se présente et qui peut servir son combat.

Je soutiens les Tibétains bien qu’il soit évident que les Américains utilisent cette lutte à leurs propres fins. Il est clair que la CIA a planifié et organisé les révoltes, et que les médias américains mènent une campagne à l’échelle mondiale. Celle-ci fait partie de la guerre souterraine entre les Etats-Unis, la superpuissance actuelle, et la Chine, la superpuissance montante – une nouvelle version du "Grand Jeu" qui fut joué en Asie centrale au XIXe siècle par l’empire britannique et la Russie. Le Tibet est un jeton dans ce jeu.

Je suis même prêt à ne pas tenir compte du fait que les gentils Tibétains ont perpétré un pogrom meurtrier contre d’innocents Chinois, tuant femmes et hommes et brûlant maisons et boutiques. Il arrive que d’atroces débordements se produisent au cours des luttes de libération.

Non, ce qui me gêne vraiment est l’hypocrisie des médias du monde. Ils font un raffut du diable sur le Tibet. A longueur de milliers d’éditoriaux et de débats, ils maudissent l’affreuse Chine et la couvrent d’injures. C’est comme si les Tibétains étaient le seul peuple du monde privé, par la force brutale, de son droit à l’indépendance, comme s’il suffisait que Pékin ôte ses sales pattes des moines vêtus de safran pour que tout aille pour le mieux dans ce meilleur des mondes possibles.

IL N’Y A PAS DE DOUTE que les Tibétains ont le droit de gouverner leur propre pays, de défendre leur exceptionnelle culture, de promouvoir leurs institutions religieuses et d’empêcher des colons étrangers de les submerger.

Mais les Kurdes de Turquie, d’Irak, d’Iran et de Syrie n’ont-ils pas les mêmes droits ? Et les habitants du Sahara occidental, dont le territoire est occupé par le Maroc ? Et les Basques en Espagne ? Et les Corses au large des côtes de France ? La liste est longue.

Pourquoi les médias du monde adoptent-ils telle lutte d’indépendance, mais ignorent souvent cyniquement telle autre ? Qu’est-ce qui rend le sang d’un Tibétain plus rouge que le sang de mille Africains de l’est du Congo ?

Sans cesse j’essaie de trouver une réponse satisfaisante à cette question. En vain.

Emmanuel Kant nous a recommandé : "Agissez comme si le principe selon lequel vous agissez était une loi universelle de la nature." (Etant un philosophe allemand, il exprimait cela dans un langage beaucoup plus alambiqué.) L’attitude envers le problème tibétain est-elle conforme à cette règle ? Reflète-t-elle notre attitude à l’égard des luttes d’indépendance de tous les autres peuples opprimés ?

Pas du tout.

POURQUOI, ALORS, les médias internationaux font-ils des discriminations entre les différentes luttes de libération à travers le monde ?

Ici, quelques considérations importantes me semblent nécessaires :

 Le peuple qui cherche l’indépendance a-t-il une culture particulièrement exotique ?

 Est-il séduisant, c’est-à-dire "sexy" du point de vue médiatique ?

 La lutte est-elle dirigée par une personnalité charismatique aimée des médias ?

 Le gouvernement oppresseur est-il antipathique aux yeux des médias ?

 Le gouvernement oppresseur appartient-il au camp pro-américain ? C’est un facteur important, puisque les Etats-Unis dominent une grande partie des médias internationaux, et que leurs agences de presse et leurs réseaux télévisés définissent le programme et la terminologie des informations.

 Le conflit met-il en cause des intérêts économiques ?

 Le peuple opprimé a-t-il des porte-parole doués, capables d’attirer l’attention et de manipuler les médias ?

DE CES POINTS DE VUE, il n’y a pas mieux que les Tibétains. Ils bénéficient de conditions idéales.

En bordure de l’Himalaya, ils sont situés dans l’un des plus beaux paysages du monde. Pendant des siècles, y arriver était déjà une aventure. Leur religion exceptionnelle a suscité la curiosité et la sympathie. Leur non-violence est très séduisante et assez souple pour couvrir même les pires atrocités, comme le récent pogrom. Le dirigeant exilé, le Dalai-Lama, est un personnage romantique, une rock-star médiatique. Le régime chinois est haï de beaucoup de gens – par les capitalistes parce que c’est une dictature communiste, par les communistes parce qu’il est devenu capitaliste. Il promeut un matérialisme vulgaire et dégoûtant, à l’opposé des moines bouddhistes spirituels qui passent leur temps à prier et à méditer.

Quand la Chine construit un chemin de fer jusqu’à la capitale tibétaine sur des milliers de kilomètres inhospitaliers, l’Occident n’admire pas la prouesse technique, mais voit (très justement) un monstre de fer qui apporte des centaines de milliers de colons chinois Han dans le territoire occupé.

Et bien sûr, la Chine est un pouvoir émergeant, dont les réussites économiques menacent l’hégémonie américaine sur le monde. Une grande partie de la fragile économie américaine appartient déjà directement ou indirectement à la Chine. L’énorme empire américain est en train de s’enfoncer désespérément dans la dette, et la Chine pourrait bientôt être son plus gros prêteur. L’industrie manufacturière américaine est en train de se déplacer vers la Chine, emportant des milliers d’emplois avec elle.

En comparaison, qu’ont les Basques à offrir, par exemple ? Comme les Tibétains, ils habitent un territoire contigu, la plus grande partie en Espagne, une partie en France. Ils sont aussi un peuple ancien ayant sa propre langue et sa propre culture. Mais celles-ci ne sont pas exotiques et ne suscitent pas un intérêt particulier. Pas de moulins à prières. Pas de moines en robe.

Les Basques n’ont pas de chef romantique, comme Nelson Mandela ou le Dalaï-Lama. L’Etat espagnol, qui s’est construit sur les ruines de la dictature franquiste détestée, jouit d’une grande popularité dans le monde. L’Espagne appartient à l’Union européenne, qui est plus ou moins dans le camp américain, tantôt plus, tantôt moins.

La lutte armée des clandestins basques est abhorrée par beaucoup et considérée comme du "terrorisme", surtout après que l’Espagne a accordé aux Basques une large autonomie. Dans ces circonstances, les Basques n’ont aucune chance de gagner le soutien mondial pour leur indépendance.

Les Tchétchènes devraient être dans une meilleure position. Eux aussi sont un peuple spécifique, qui a longtemps été opprimé par les tsars de l’empire russe, y compris Staline et Poutine. Mais hélas, ils sont musulmans – et dans le monde occidental, l’islamophobie occupe maintenant la place qui, pendant des siècles était réservée à l’antisémitisme. L’Islam est devenu synonyme de terrorisme, il est perçu comme une religion de sang et de meurtre. Bientôt on nous dira que les Musulmans massacrent les enfants chrétiens et utilisent leur sang pour cuire le pain. (En réalité, c’est bien sûr la religion de dizaines de populations complètement différentes, de l’Indonésie au Maroc et du Kosovo à Zanzibar.)

Les Etats-Unis ne craignent pas Moscou autant que Pékin. Contrairement à la Chine, la Russie ne ressemble pas à un pays qui pourrait dominer le monde au XXIe siècle. L’Occident n’a aucun intérêt à relancer la Guerre Froide, alors qu’il en a un à relancer les croisades contre l’Islam. Les pauvres Tchétchènes, qui n’ont pas de dirigeant charismatique ou de porte-parole remarquables, ont été bannis de la Une des journaux. Poutine peut les frapper comme il veut, tuer des milliers de gens et détruire des villes entières, de toute façon ça n’intéresse personne.

Cela n’empêche pas Poutine de soutenir les revendications de l’Abkhazie et de l’Ossétie du sud pour se séparer de la Géorgie, pays qui exaspère la Russie.

SI EMMANUEL KANT savait ce qui se passe au Kosovo, il se gratterait la tête.

La province a demandé son indépendance de la Serbie, et moi, le premier, l’ai soutenu de tout mon cœur. C’est un peuple spécifique, qui a une culture différente (albanaise) et sa propre religion (l’islam). Après que le populaire dirigeant serbe, Slobodan Milosevic, eut essayé de les chasser de leur pays, le monde s’est levé et a apporté un soutien moral et matériel à leur lutte pour l’indépendance.

Les Kosovars albanais représentent 90% des citoyens du nouvel Etat, qui a une population de deux millions de personnes. Les dix autres pour cent sont Serbes et ils ne veulent pas faire partie du nouveau Kosovo. Ils veulent que les zones où ils vivent soient annexées à la Serbie. Selon la maxime de Kant, ont-ils raison de le faire ?

Je proposerais un principe moral pragmatique : chaque population qui habite un territoire défini et a des spécificités nationales claires a le droit à son indépendance. Un Etat qui veut garder une telle population en son sein doit faire en sorte qu’elle s’y sente bien, qu’elle bénéficie de ses pleins droits, qu’elle jouisse de traitements égalitaires et qu’elle ait une autonomie qui satisfasse ses aspirations. En bref : qu’elle n’ait pas de raisons de désirer la séparation.

Cela s’applique aux Français du Canada, aux Ecossais de Grande Bretagne, aux Kurdes de Turquie et d’ailleurs, aux différents groupes ethniques d’Afrique, aux peuples indigènes d’Amérique Latine, aux Tamouls du Sri Lanka et à beaucoup d’autres. Chacun a le droit de choisir entre la pleine égalité, l’autonomie et l’indépendance.

CELA NOUS CONDUIT, bien sûr, à la question palestinienne.

Dans la compétition pour obtenir la sympathie du monde médiatique, les Palestiniens n’ont pas de chance. Selon les critères objectifs, ils ont le droit de demander une pleine indépendance, exactement comme les Tibétains. Ils habitent un territoire défini, ils sont une nation spécifique, une frontière claire existe entre eux et Israël. Il faut vraiment avoir un esprit tordu pour nier ces faits.

Mais les Palestiniens souffrent de plusieurs coups du sort cruels : le peuple qui les opprime revendique lui-même la couronne de victime suprême. Le monde entier a de la sympathie pour les Israéliens parce que les Juifs furent les victimes du plus horrible crime du monde occidental. Cela crée une situation étrange : l’oppresseur est plus populaire que la victime. Celui qui soutient les Palestiniens est automatiquement suspecté d’antisémitisme et de négationnisme.

De plus, la grande majorité des Palestiniens sont musulmans (personne ne prête attention aux Palestiniens chrétiens). Comme l’Islam suscite la crainte et l’aversion en Occident, la lutte palestinienne est automatiquement devenue une partie de cette menace sinistre et diffuse, le "terrorisme international". Et depuis les assassinats de Yasser Arafat et du Cheikh Ahmed Yacine, les Palestiniens n’ont aucune dirigeant particulièrement marquant – ni au Fatah, ni au Hamas.

Les médias du monde versent des larmes pour le peuple tibétain, dont le pays est volé par des colons chinois. Qui se préoccupe des Palestiniens, dont la terre est confisquée par nos colons ?

Dans le tumulte mondial sur le Tibet, les porte-parole israéliens se comparent – si étrange que cela paraisse – aux pauvres Tibétains, et non aux horribles Chinois. Beaucoup pensent que c’est tout à fait logique.

Si Kant revenait demain et était interrogé sur les Palestiniens, il répondrait probablement : "Donnez leur ce que vous pensez devoir être donné à tout le monde, et cessez de me réveiller pour me poser des questions stupides".

Article publié, en hébreu et en anglais, le 4 avril 2007, sur le site de Gush Shalom. Traduit de l’anglais "Not You ! You !!!" pour l’AFPS : SW/PHL
Source : 
http://www.france-palestine.org/article8639.html
publié dans : Asie
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Lundi 3 décembre 2007

Au Japon, nous n'avons pas de lecture de la lettre de Guy Môquet, mais il existe une vieille coutume à l'école pour organiser la « cérémonie » d'accueil des élèves en début d'année scolaire et celle de la remise des diplômes de fin d'année. Lors de ces cérémonies où tous les élèves sont conviés aux côtés des enseignants et des parents d'élèves,
l'administration a imposé une « coutume » qui veut qu'en présence du drapeau japonais soit interprété l'hymne national au piano, tandis que l'assistance debout chante en choeur.

Ce drapeau japonais (un rond rouge sur fond blanc), dit Hinomaru (Soleil Levant), est celui qui accompagna l'armée japonaise tout au long de sa guerre d'agression sauvage en Asie et dans le Pacifique. Quant à l'hymne national, dit Kimigayo (le règne de Sa Majesté), la musique en fut composée au XIXème siècle pour célébrer la gloire de l'Empereur, le texte invoquant l'éternité du règne impérial.

Après la défaite de la Seconde Guerre mondiale, le Japon s'est doté en 1947 d'une Constitution démocratique et pacifique ainsi que d'une Loi cadre sur l'éducation. Celle-ci visait notamment à limiter le contrôle abusif de l'éducation par l'administration et empêcher d'éventuelles tentatives de mise au pas des enseignants par l'Etat. Ses rédacteurs n'oubliaient pas que l'idéologie nationaliste et militariste profondément ancrée dans le système éducatif d'avant-guerre avait habitué la population à obéir aveuglément aux autorités pour soutenir l'effort de guerre, chaque Japonais devant même se tenir prêt, le moment venu, à « mourir pour l'Empereur et la nation. »

Il faut rappeler que l'empereur Hirohito non seulement ne fut pas inquiété lors du procès de Tokyo (sa responsabilité dans la Seconde Guerre mondiale fut étouffée par décision des États-Unis) mais qu'il devint même le « symbole de la nation et du peuple japonais. » De la même façon, ni le drapeau ni l'hymne ne furent changés après la guerre, malgré les protestations d'une partie de la population

Il y a donc un malaise... Certains enseignants jugent qu'on ne doit pas leur imposer de cautionner ce qui reste à leurs yeux des symboles de la guerre d'agression japonaise. C'est la raison pour laquelle ils se sont toujours abstenus de se lever, comme de chanter, lors des cérémonies où l'hymne était joué. Ils justifiaient ce choix par « la liberté de pensée et de conscience des individus » garantie par la Constitution (article 19) ainsi que par la Loi cadre sur l'éducation (dans sa version 1947).

Sous l'influence du révisionnisme, le nationalisme est de retour

Cependant on constate au Japon, depuis une dizaine d'années, une réhabilitation spectaculaire de thèses révisionnistes virulentes qui visent à nier ou à minimiser les atrocités et les crimes commis par le Japon pendant la période de sa domination coloniale en Asie puis lors de la Seconde Guerre mondiale. Ce révisionnisme est appuyé par un puissant courant politique (au sein du PLD, le parti conservateur au pouvoir) et certains milieux économiques. Il se diffuse au travers de grands groupes de la presse écrite et audiovisuelle qui sont très influents, ce qui aboutit à ressusciter un « nationalisme soft » en progression chez les jeunes générations (par ailleurs en majorité ignorantes de l'histoire de leur pays). C'est dans ce contexte que les gouvernements successifs et certaines collectivités locales tentent d'affermir un nouveau pouvoir de contrôle sur l'éducation.

Pour mémoire, en 1999, le gouvernement Obuchi fit passer une loi établissant le drapeau et l'hymne national. Avant cette loi déjà, de plus en plus d'écoles publiques, obéissant aux directives du Ministère de tutelle, avaient décidé d'imposer à leurs enseignants de se lever par « devoir » pour chanter l'hymne national. Toutefois, en réponse aux critiques de l'opposition, le Premier ministre expliqua lors d'une séance à la Chambre des représentants que le gouvernement n'entendait pas rétablir l'obligation de hisser le drapeau national à l'école.

Or, une enseignante de collège public à Tokyo, Mme Kimiko Nezu (prononcer « Nésou »), s'est vue sanctionner pour la première fois en mars 1994 par son autorité de compétence, le Comité de l'instruction publique de Tokyo, pour avoir simplement baissé le drapeau national que le proviseur avait fait hisser contre la décision du conseil des
professeurs. Depuis lors, l'administration prétexte toutes sortes de raisons pour s'acharner contre elle. Ainsi son cours sur les « femmes de réconfort » (les victimes de l'esclavage sexuel) de l'armée japonaise a été jugé « hors de sa compétence. » En plus des sanctions à répétition (blâmes, réductions de son salaire, suspension), le Comité l'a mutée dans un collège éloigné à plus de 4 heures aller- retour de chez elle.

En octobre 2003, c'est ce même Comité de l'instruction de Tokyo, appuyé par le maire (M.Ishihara), qui promulgue la notification décrivant en détail les « modalités pour les cérémonies dans les établissements scolaires publics. » Ainsi est-il stipulé que l'enseignant qui n'obéirait pas aux instructions du proviseur à ce sujet verrait sa responsabilité de fonctionnaire remise en cause (notification du 23/10/2003). Depuis, les sanctions pleuvent... Bien évidemment pour Mme Nezu qui persiste à refuser de se lever au son de l'hymne national, mais aussi pour Mme Junko Kawaraï, enseignante éducatrice spécialisée d'enfants handicapés à Tokyo, qui a été sanctionnée pour la première fois en 2003 à cause de ses cours d'éducation sexuelle, et qui continue comme Mme Nezu à rester assise pendant qu'on diffuse l'hymne Kimigayo.
Dans certains lycées publics de Tokyo, des enseignants en préretraite qui ne s'étaient pas levés pendant la cérémonie n'ont pas été recrutés l'année suivante, ce qui revient dans les faits à une révocation pure et simple. Ce sont, à ce jour, 388 enseignants qui ont été ainsi sanctionnés.

La situation des enseignants de plus en plus inquiétante

Ces enseignants ont naturellement porté plainte contre l'administration.
En plus de ces procès visant à obtenir l'annulation de leurs sanctions un peu partout au Japon, un groupe d'enseignants de Tokyo a engagé en janvier 2004 un « procès en prévention des sanctions » contre le Comité d'instruction publique et le maire de Tokyo. En se fondant sur la liberté de pensée, de conscience et d'expression garantie par la Constitution, les plaignants (plus de 400 actuellement) ont demandé que la notification du 23/10/2003 soit retirée au motif de son anticonstitutionnalité. Le 21 septembre 2006, la Cour régionale de Tokyo a rendu un jugement historique, en première instance, qui donnait raison aux plaignants. Elle a en effet jugé que la notification du 23/10/2003 et les sanctions prises par le Comité d'instruction public de Tokyo à l'encontre des enseignants correspondaient à un « contrôle abusif de l'administration » interdit par la Loi cadre sur l'éducation (article 10), et étaient de nature à entraver la liberté individuelle garantie par la Constitution. L'administration a aussitôt fait appel de ce jugement.

Paradoxalement, malgré cette victoire, la situation des enseignants s'est aggravée. Fin 2006, les deux chambres japonaises ont voté une réforme de la Loi cadre sur l'éducation qui réintroduit le contrôle de l'État sur le système éducatif en abolissant l'article 10. De plus, elle impose d'enseigner « le patriotisme » et « la morale », en établissant
précisément les obligations des parents et des collectivités locales. En bref, une loi fortement imprégnée de relents nationalistes d'avant-guerre. Ajoutons à cela le jugement de la Cour suprême de justice (équivalent de la Cour de cassation en France), rendu le 27 février 2007, dans le procès intenté par une institutrice de Tokyo, sanctionnée en 1999 pour avoir refusé de jouer au piano le Kimigayo, et qui donna définitivement tort à l'enseignante, au motif que les instructions du proviseur étaient conformes à la Constitution. Cette jurisprudence ainsi que la nouvelle Loi cadre sur l'éducation n'augurent rien de bon pour les enseignants actuellement sanctionnés.

C'est dans ce contexte extrêmement inquiétant qu'est né, à l'initiative de citoyens japonais, un comité de soutien à deux enseignantes (Mme Nezu et Mme Kawaraï) considérées comme emblématiques car les plus lourdement sanctionnées.

Notre solidarité avec la résistance des enseignants japonais

Mme Nezu, qui a subi cette année sa dixième sanction, la suspension de six mois, risque cette fois la révocation au cas où elle refuserait de se lever pour l'hymne Kimigayo en mars prochain, et il est probable qu'elle persiste dans son refus. Mme Kawaraï, elle, ayant été sanctionnée par trois mois de suspension, encourt cette fois une suspension de six mois.

Quoique faisant l'objet d'une série de suspension de poste, Mme Nezu a entamé une résistance originale : elle se rend avec une petite pancarte et des tracts pour expliquer le motif de sa suspension devant l'entrée du collège où elle aurait dû enseigner. Saluant chacun des élèves et des enseignants, elle accepte de dialoguer avec tous ceux qui le souhaitent.
Le proviseur, ses assistants et quelques parents d'élèves voudraient la décourager (en faisant appel à la police), mais elle tient bon.
Progressivement, quelques parents et élèves ont commencé à l'assurer de leur soutien. Mme Kawaraï a, de son côté, effectué pendant sa suspension un tour du Japon cette année pour attirer l'attention sur ce problème.

Persuadées que la coercition reste la pire des pratiques lorsqu'on se destine à l'éducation, elles ont toujours privilégié l'imagination dans leur pédagogie, en faisant preuve d'un grand intérêt pour leur métier comme en témoignent leurs anciens élèves.

Dans un climat politique et social où la liberté d'expression est de plus en plus étouffée pour les « éléments contestataires », cette minorité courageuse d'enseignants japonais a choisi d'entrer en lutte contre des abus de pouvoir flagrants de la part de l'administration relayée par leur hiérarchie.

Mme Nezu, Mme Kawaraï et d'autres personnes dans la même situation doivent affronter les conséquences d'une politique de plus en plus répressive et autoritaire qui utilise l'acharnement cruel et systématique, n'hésitant pas à employer des humiliations et des persécutions dignes d'une époque que l'on pouvait croire révolue.

Enfin, devant le faible soutien de leur syndicat, ces enseignants n'ont d'autre choix que d'engager une résistance qui, bien qu'isolée, exprime leur conscience de l'enjeu : la défense de l'une des principales conditions d'exercice de la démocratie. C'est la raison pour laquelle nous avons souhaité attirer l'attention sur leur combat au-delà du Japon dans l'espoir que se manifeste une large solidarité internationale.

Un film documentaire d'Akira Matsubara et de Yumi Sasaki, « Kimigayo Fukiritsu » (Refus de se lever pour le Kimigayo), qui retrace les principales étapes de cette lutte est régulièrement projeté à travers tout le Japon depuis novembre 2006. Il a permis de recueillir un nombre non négligeable de soutien pour ces enseignants. Une version sous-titrée en anglais, « Against coercion » a également permis de sensibiliser des enseignants américains et canadiens qui commencent à exprimer leur soutien. En février dernier, suite à une projection de ce film à l'Université Paris-Diderot, plusieurs messages de soutien avaient été adressés à Mme Nezu et Kawaraï.

Merci de nous aider à élargir ce premier réseau de solidarité à toute la France et à d'autres pays européens.

Comité de Paris pour soutenir Mme Nezu, KawaraÏ et d'autres enseignants luttant contre la coercition et pour la liberté d'enseignement
Novembre 2007
          .
          .
publié dans : Asie
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Vendredi 16 novembre 2007
Fausto Giudice
 
 Révolte à Dubaibylone : La grève des travailleurs asiatiques amène les Émirats à envisager d’introduire un salaire minimum
www.tlaxcala.es/pp.asp?lg=fr&reference=4064

++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++
Qui a construit Thèbes aux sept portes ?
Dans les livres, on donne les noms des Rois…
Les Rois ont-ils traîné les blocs de pierre ?
Babylone, plusieurs fois détruite,
qui tant de fois l’a reconstruite ?
Dans quelles maisons de Lima la Dorée,
logèrent les ouvriers du bâtiment ?
Quand la Muraille de Chine fut terminée,
où allèrent, ce soir-là, les maçons ?

Bertolt Brecht, Questions que se pose un ouvrier qui lit
++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++

Dubai, nouvelle Babylone

 La nouvelle Babylone du XXIème siècle s’appelle Dubaï. Cet émirat pétrolier du Golfe a été pris d’une frénésie pharaonique et est en train de se transformer en un véritable cauchemar climatisé. Burj Dubai, la tour qui va dominer la nouvelle Babylone, sera la plus haute tour jamais construite. Le nombre de ses étages sera un secret jusqu’à l’achèvement du chantier. Mais la machine infernale vient de se gripper : les esclaves se sont révoltés. Ou dit en termes modernes, les ouvriers se sont mis en grève.

La grève ? C’est la seule activité exotique qui n’a pas droit de cité dans les Émirats arabes unis. Interrogé l’année dernière par l’émission de France2 Envoyé spécial sur les conditions de travail des ouvriers immigrés de ces chantiers babyloniens, le responsable émirati préféra laisser la parole à son conseiller français, lequel bafouilla : « Heu, travailler dans les Émirats, ce n’est pas la Sécu… »

En 2005, les 10 millions de travailleurs immigrés travaillant dans les pays du Conseil de Coopération des États arabes du Golfe : Arabie saoudite, Sultanat d'Oman, Koweït, Bahreïn, Qatar et Émirats arabes unis (Abou Dabi, Ajman, Charjah, Dubaï, Fujaïrah, Ras el Khaïmah et Oumm al Qaïwaïn) ont envoyé dans leurs pays 30 milliards de dollars. Un argent durement gagné. Sur les chantiers de Dubaï, il fait 45° Celsius à l’ombre. Il n’y a pas d’horaires. Les chantiers tournent 24 h sur 24. Pour aller des chantiers à leurs logements, dans ce qui est à juste titre appelé des camps, les ouvriers doivent attendre leurs bus pendant des heures. Pour eux, le cauchemar n’est même pas climatisé.

Les patrons des émirats pétroliers ont commencé à procéder à une substitution massive de main d’œuvre à partir de la première guerre du Golfe, remplaçant les travailleurs égyptiens, palestiniens, jordaniens, irakiens et yéménites par des ouvriers d’Asie, principalement de 5 pays : Inde, Bangladesh, Pakistan, Srilanka et Chine. Les Indiens sont les plus nombreux. Sur les 1,5 millions de travailleurs indiens dans les émirats, plus de la moitié travaillent à Dubai et 300 000 à Abou Dhabi. Ils viennent généralement de trois États de l’Union indienne : Rajasthan, Pendjab et Andhra Pradesh.


 Ce sont des ouvriers de la première génération, anciens paysans et ouvriers agricoles. Ils sont soit recrutés par des agences de négriers soit émigrent illégalement dans les Émirats. Ils touchent des salaires allant de 93 à 131 € par mois pour des journées de 12 heures et plus payées quelques Euros. Depuis deux ou trois ans, ces ouvriers se rendent compte qu’ils se sont faits bel et bien gruger : tout compte fait, ils auraient mieux fat d’aller s’employer dans une des zones spéciales qui poussent comme des champignons en Inde, de Delhi (Guraong) à Hyderabad (baptisée Cyberabad), où ils gagneraient autant sinon plus, avec l’avantage de rester dans leur pays.

En juin dernier, le gouvernement de Dubai a lancé une campagne de régularisation des ouvriers sans permis de séjour, leur laissant le choix entre un billet d’avion pour rentrer chez eux et un permis pour rester. 280 000 d’entre eux ont préféré repartir. Devant cette raréfaction de la main d’œuvre, on a assisté à un double phénomène : les travailleurs ont compris que la conjoncture était bonne pour revendiquer des augmentations de salaires et des meilleures conditions de travail et de vie, et les patrons ont commencé à recruter des travailleurs …au Tibet et en Corée du Nord !

Si les grèves sont exotiques dans les émirats, elles ne sont pas si rares que ça: à Dubaï, les dernières ont eu lieu en mars et avril 2006. 2500 ouvriers employés par la firme anglo-émiratie Al Naboodah Laing O'Rourke sur le chantier de Burj Dubai, la fameuse « plus haute tour du monde » avaient d’abord cessé le travail et s’étaient affrontés aux forces de répression (elles-mêmes composées en partie d'immigrés, en général yéménites). Ils réclamaient des choses banales : un meilleur salaire (ils gagnaient de 2,75 € pour un manœuvre à 5,25 € par jour pour un charpentier qualifié), des soins médicaux, un meilleur traitement par les contremaîtres. Cette grève avait été suivie, en avril, par celle des ouvriers de la Marina du « New Dubai », employés par la Al Ahmadiyah Contracting Company. Des affrontemnts violents avaient eu lieu, suivis par les habituelles expulsions des « meneurs violents ».


Le samedi 27 octobre de cette année, un nouveau cycle de grèves s’est ouvert sur les chantiers de Dubaibylone. Les premiers à se mettre en grève ont été les travailleurs de la zone industrielle de Jebel Ali et du quartier résidentiel en construction de Al Qusais. Ils ont affronté les policiers à coups de pierre et ont détruit un peu de matériel. Bref, un comportement de « non-civilisés », comme l’a dit un haut fonctionnaire émirati. 4500 ouvriers ont été arrêtés. Le gouvernement a d’abord annoncé leur expulsion, puis, sans doute rappelé à la raison par les patrons des chantiers, a finalement décidé de n’en expulser que 159, dont 90 Indiens. Les 4300 autres ont repris le travail le 31 octobre. Les résultats immédiatement visible de cette grève sont maigres : à l’entée du Camp de Sonapur, un bâtiment de béton de 3 étages où dorment les ouvriers, la société de construction a affiché une note annonçant que deux médecins commenceraient bientôt des visites pour s’enquérir des malades. Et le patron s’est aussi engagé à payer pour l’installation d’une climatisation dans le camp et pour les bonbonnes de gaz utilisées par les ouvriers pour faire cuire leur tambouille. Mais apparemment, il n’est pas question d’augmenter les salaires.
La deuxième grève a éclaté sur les chantiers de la Arabtech Construction Company le jeudi 1er novembre. Cette fois-ci, ce sont 40 000 travailleurs, dont 10 000 originaires de l’Andra Pradesh, qui ont cessé le travail. Leurs revendications : augmentation des salaires, améliorations des conditions de logement et de transport et suppression des amendes (prélevées sur les salaires) infligées sous n’importe quel prétexte. Les réactions n’ont pas traîné. Le ministère du Travail et la « cellule des droits de l’homme » du ministère de la Police ont créé un comité conjoint qui a visité les campements et discuté avec les grévistes. Des promesses d’amélioration leur ont été faites, notamment, chose incroyable, l’instauration d’une assurance-maladie. Bref, de quoi faire mentir le conseiller français cité plus haut… Les diplomates indiens sont aussi entrés dans la danse et la société de construction leur a juré promis de « réviser les salaires » dans les deux mois. Les grévistes ont donc repris le travail le samedi 3 novembre. Et le général Dhahi Khalfan Tamim, commandant en chef de la police de Dubai a fait une déclaration proprement extraordinaire : « Nous pourrions engager des poursuites contre les entreprises de construction qui traitent leurs travailleurs de manière inhumaine. »

Par leur lutte, les parias de Dubai font souffler un vent nouveau sur les Émirats.

 +++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++
La grève des travailleurs asiatiques amène les Émirats à envisager d’introduire un salaire minimum

Source : The Associated Press
5 Novembre 2007
Traduit par Fausto Giudice

Une grève d'environ 40.000 ouvriers asiatiques du bâtiment à Dubaï - à son cinquième jour lundi 5 novembre - a incité le gouvernement à ordonner aux ministres et aux entreprises de construction de revoir les salaires et éventuellement d’instaurer un salaire minimum, dans une tentative d'éviter l'agitation sur le marché du travail. Les ouvriers ont refusé de travailler sur le chantier d'un hôtel qui fait partie du gratte-ciel le plus haut du monde, en construction dans cette ville du Golfe en plein boom : ils se plaignent des bas salaires, du coût de la vie qui a grimpé et des conditions de travail misérables. La grève, une atteinte à la frénésie de construction à Dubaï, a déclenché une crise du travail d’envergure dans cette ville-État du désert qui se vend sur le marché comme centre d’attraction du top business et du tourisme de luxe au Moyen-Orient. Elle a incité le gouvernement à annoncer la création d'une commission conjointe d’examen des salaires, composée de fonctionnaires et de représentants des entreprises de construction.

Cette démarche, rapportée par l'agence de presse d’État WAM dimanche, indique clairement que les Émirats prennent au sérieux les revendications des travailleurs et ne les rejettent pas comme étant le seul problème du secteur privé.

Venu Rajamany, consul général de l’Inde à Dubaï, a indiqué qu’un salaire minimum fixé par le gouvernement était de plus en plus susceptible d’être instauré. Il a été impliqué de près dans les négociations entre les ouvriers grévistes, le ministère du Travail et l’entreprise de construction Arabtech qui est derrière le projet d'hôtel de Burj Dubai. « L’instauration d’un salaire minimum pourrait être être l'une des solutions au problème », a dit Rajamany. « Si le ministère du Travail fournit une fourchette après des consultations avec les entreprises, cette fourchette sera un seuil en-dessous duquel aucune entreprise ne pourra descendre. »
 Un salaire minimum serait un pas sans précédent pour les Émirats, qui ont longtemps dépendu pour leur boom capitaliste du travail bon marché importé. Des appels d’Associated Press à des représentants d'Arabtech et aux responsables aux ressources humaines d’entreprises lundi n’ont reçu aucune réponse. Arabtech, un géant de la construction de Dubaï, construit également deux hautes tours résidentielles dans la zone financière de Dubaï, des penthouses en bord de mer et des villas dans le désert.
Les 40 000 ouvriers asiatiques se sont engagés à rester cantonnés dans les 26 camps de travail dispersés dans les sept États semi-autonomes émiratis, jusqu'à ce que leurs salaires soient augmentés d’au moins 55 US $ (38€). La compagnie paye actuellement aux ouvriers non-qualifiés 109 US $ (75€) par mois et 163 US $ (113€) aux ouvriers qualifiés.

« On en a assez de ces conditions. Nous avons besoin d'une augmentation de salaire immédiate », dit Mohamed Aslam, un ouvrier de 28 ans du Bangladesh.
Les grèves sont illégales dans les Émirats et les syndicats y sont interdits, mais la protestation des ouvriers asiatiques a persisté en dépit des menaces d’arrestation. La semaine dernière, 4 000 ouvriers asiatiques employés par Pauling Middle East Company LLC, une entreprise générale travaillant sur plusieurs projets à Dubaï, ont été arrêtés quand leur grèves pour de meilleurs salaires et contre les conditions de travail dures a tourné au soulèvement.
Environ 160 d'entre eux, suspectés d’avoir endommagé des véhicules de police par des jets de pierres, restent en prison, dans l’attente de poursuites judiciaires et probablement d’une expulsion.
La grève des 40 000 ouvriers asiatiques survient alors que les entrepreneurs ont du mal à trouver des travailleurs pour réaliser leurs projets ambitieux, après que plus de 300 000 ouvriers sont retournés en Asie ces trois derniers mois.

Le sous-Sécrétaire d’État au Travail des Émirats, Humaid bin Deemas a déclaré selon WAM qu’ «une étude serait réalisée dans les prochains jours » pour assurer les droits des travailleurs et protéger les intérêts des entreprises. Bin Deemas a exigé que les ouvriers « touchent l’intégralité de leurs salaires sans aucune déduction » et a rejeté les « excuses données par certaines entreprises pour justifier leur pratique consistant à retenir les salaires ».
 Les ouvriers se plaignent également des retards dans les versements de salaires et de ce que les entreprises déduisent aléatoirement de leurs salaires des montants pour le transport, les vacances ou les jours de maladie.
Bin Deemas a dit que de telles pratiques étaient illégales et « une forme inacceptable d'exploitation ». Il n’a toutefois pas indiqué si et quand les ouvriers grévistes obtiendraient des augmentations de salaires. Dimanche, les ouvriers ont rejeté une offre de l’entreprise pour augmenter leurs salaires dans deux mois. « On ne peut pas attendre », a dit un ouvrier dans le camp de travail de Jebel Ali. Il a refusé de donner son nom par crainte de représailles. « On reprendra le travail seulement quand nos revendications auront été satisfaites. « Il raconte qu'il partage une chambre avec 12 hommes et une salle de bains avec 59 ouvriers. Ils n'ont aucune assurance-maladie et aucun congé payé, et doivent se battre pour pouvoir monter dans l’ autobus qui les ramène à leur camp après une journée de travail de 12 heures. Trop peu d'autobus font la navette entre les chantiers de construction et les camps de travail, et les ouvriers doivent donc attendre des heures pour rentrer.

Assis devant un supermarché au camp de travail, Bal Raj, un ouvrier d'Arabtech de 36 ans qui a laissé ses trois enfants en Inde et est en grève, a dépensé ses dernières pièces pour une tasse de thé.
« Désormais, je ne sais pas comment je vais survivre », dit Raj.
Source :  http://www.michelcollon.info/articles.php?dateaccess=2007-11-12%2019:58:18&log=invites
publié dans : Asie
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Lundi 4 juin 2007
Reportage

LE MONDE | 04.06.07 | 14h50  •  Mis à jour le 04.06.07 | 14h50
 PÉKIN CORRESPONDANCE

Encadrés par un cordon de policiers, ils avancent lentement sur une grande avenue de la ville baignée par le soleil : "Protégeons la ville de Xiamen", "Protégeons nos enfants", lit-on sur des banderoles rouges. Sur les trottoirs, on applaudit au passage des manifestants, au nombre de 7 000 selon la presse de Hongkong. La foule scande "Servez le peuple !" en référence au slogan ("Servir le peuple") qui orne tous les bâtiments officiels en Chine. Capturées sur téléphone portable, les dizaines de clips vidéo de cette rare manifestation antipollution, qui a eu lieu vendredi 1er juin à Xiamen, ville portuaire de la province du Fujian située en face de Taïwan, circulent en Chine sur Internet.

Si les campagnes sont régulièrement le siège d'émeutes antipollution, il est inédit qu'une telle manifestation ait lieu dans une grande ville, et a fortiori à une date aussi proche du 4 juin, anniversaire des événements de la place Tiananmen.

Ancien comptoir occidental connu sous le nom d'Amoy, l'île de Xiamen est, depuis les années 1980, une zone économique spéciale de 2 millions d'habitants, au niveau de vie élevé. La population est descendue dans la rue pour s'opposer à la construction d'un gigantesque complexe pétrochimique destiné à produire du paraxylène, une substance utilisée dans la fabrication des polyesters et dangereuse pour la santé de ceux qui y sont exposés sans protection. Mercredi 30 mai, au terme d'une vaste campagne de SMS, le vice-maire avait déclaré que le projet était temporairement suspendu. Sceptiques, les habitants veulent plus d'assurances de la part d'un gouvernement local qui n'avait pas prévu de les consulter.

"BOMBE ATOMIQUE"

Depuis plusieurs semaines, les habitants de Xiamen ont organisé la plus grande manifestation par messages électroniques du monde, s'échangeant, selon l'agence Chine nouvelle, près d'un million de SMS de protestation, tels que : ce projet "est l'équivalent d'une bombe atomique sur Xiamen. De nombreuses personnes vont souffrir de leucémies". Révélée à l'origine par le Nanfang Dushi Bao, le journal progressiste de la province voisine du Guangdong, la nouvelle de cette fronde n'a pourtant pas fait les gros titres en Chine, où les médias ont pour consigne d'éviter le sensationnalisme autour d'un mouvement protestataire.

Décrit comme le plus gros projet industriel de l'histoire de Xiamen, ce complexe pétrochimique nécessitant un investissement de 1,4 milliard de dollars devait se trouver dans l'arrondissement de Haiceng, une zone prioritaire pour les capitaux en provenance de Taiwan située sur la partie continentale de Xiamen. A l'origine, la Tenglong Aromatic PX, entreprise à capitaux taïwanais, était censée s'installer à 7 kilomètres de l'agglomération. Mais les premières habitations sont désormais à 1 500 mètres du site retenu...

Celui qui, à Xiamen, a le premier donné l'alerte s'appelle Lian Yue. Contributeur régulier du Nanfang Dushi Bao et auteur d'un des blogs les plus caustiques qui soient sur le système politique chinois, il s'aperçoit, en mars, que le projet vient d'être l'objet de débats lors de la session annuelle de la Conférence consultative politique du peuple, une assemblée sans pouvoir de décision. Cent cinq députés, menés par un ingénieur, ont dénoncé les dangers cachés d'une telle implantation, qui a été approuvée par la toute puissante Commission du plan. Un article de la revue économique China Business fait savoir que la SEPA, l'Agence de protection de l'environnement, n'a eu aucun moyen de stopper le projet. L'information reste confidentielle et à Xiamen, personne n'est au courant de la polémique.

Lian Yue décide d'alerter les habitants en lançant sur son blog un appel à la résistance civile en 6 points dont voici le début : "1. D'abord, n'ayez pas peur. Discuter d'une proposition de la Conférence consultative du peuple n'est pas un crime et on ne vous arrêtera pas. 2. Si vous avez un blog, reproduisez l'article du China Business. Ce n'est pas un crime de le faire. 3. Si vous avez peur de le faire, parlez-en à vos amis, vos collègues, vos connaissances. 4. Si vous avez toujours peur, n'en parlez qu'à vos proches..." Les échos de son blog se répercutent largement sur Internet. Les habitants créent un blog collectif de protestation, tandis que des graffitis sauvages disent non au paraxylène. Le téléphone arabe, version électronique, fera le reste. Lian Yue, qui n'a pas répondu à nos e-mails, serait, selon la presse de Hongkong, assigné à résidence depuis deux jours.
Brice Pedroletti
Article paru dans l'édition du 05.06.07.
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3244,36-918555@51-905592,0.html
par Brice Pedroletti (Le Monde) publié dans : Asie
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander

Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recherche

Blog : Philosophie sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus